Quand on a 17 ans sur Arte : comment est née cette collaboration entre André Téchiné et Céline Sciamma ?

Arte diffuse ce soir “Quand on a 17 ans”, avec Sandrine Kiberlain, Kacey Mottet Klein et Corentin Fila. Le scénario du film est le fruit de la collaboration entre André Téchiné et Céline Sciamma, co-scénariste du film. Retour sur cette association.

L’histoire de Quand on a 17 ans : Damien, 17 ans, fils de militaire, vit avec sa mère médecin, pendant que son père est en mission. Au lycée, il est malmené par un garçon, Tom. La violence dont Damien et Tom font preuve l’un envers l’autre va évoluer quand la mère de Damien décide de recueillir Tom sous leur toit. 

Quand on a 17 ans d’André Téchiné, sélectionné au Festival de Berlin en 2016, marquait la collaboration inédite entre deux générations de cinéastes, André Téchiné et Céline Sciamma, co-scénariste du film. Pour la sortie du film en mars 2016, nous les avions invité tous deux à échanger sur leur travail et la naissance de leur collaboration artistique. Découvrez un extrait de cet entretien (à retrouver en intégralité ici).

AlloCiné : Quel est le premier souvenir artistique que vous avez l’un de l’autre ?

Céline Sciamma : C’est Ma saison préférée, qui est le premier film d’André que j’ai vu en salles. Ensuite, très rapidement, j’ai tout vu, au gré des possibles car il n’y avait pas les DVD. J’ai vu Ma saison préférée, Les Roseaux sauvages, et je suis remontée dans le temps. J’avais volé l’affiche de Ma saison préférée qui était en grand dans ma chambre.

Et vous avez souvenir d’un déclic après avoir vu ce film…

C.S. : Oui, absolument. C’est un des premiers films d’auteur que je suis allée voir seule au cinéma. C’est le début de ma démarche cinéphile autonome, pas cornaquée par la famille ou l’école. C’est le début même quasiment d’une ritualisation de ma vie, de mon quotidien autour du cinéma. C’est très marquant. On se souvient des premiers films où l’on comprend la mise en scène, on comprend la vision, où c’est un choix d’y aller…

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C’est la vision de l’affiche qui avait déclenché l’envie de le voir ?

C.S. : C’était Catherine Deneuve. Je le répète tout le temps mais je ne me lasserai pas de le répéter parce qu’être tombé amoureux de Catherine Deneuve, c’est potentiellement devenir cinéphile : on découvre Bunuel, Téchiné, Truffaut, Demy… La liste est encore longue. C’est un beau panorama des auteurs qui comptent. Suivre Catherine Deneuve, c’est partir pour un voyage dans le cinéma. C’était mon guide !

Et pour vous, André, quel est le premier souvenir artistique que vous avez de Céline Sciamma ?

André Téchiné : Pour moi, ça a été chronologique. Je n’ai pas vu Naissance des pieuvres (premier long métrage de Céline Sciamma, Ndlr.) à sa sortie à Paris, mais à Turin où le film a été très bien accueilli. Je pense qu’il y avait aussi dans ce film une actrice assez marquante, non ? Un prototype, qui m’a beaucoup tapé dans l’œil. C’est évidemment Adèle Haenel… (André Téchiné l’avait dirigé dans son précédent long métrage, L’homme qu’on aimait trop, Ndlr.) (…) 

Après, j’ai vu Tomboy que j’ai trouvé bouleversant. Dans le regard de Céline sur l’adolescence, il y avait quelque chose qui me séduisait beaucoup. Et même séduire, c’est un peu faible. C’était une sorte de délicatesse et de luminosité. Parce que la plupart des films sur l’adolescence, quand ils sont intéressants, ont quand même plutôt un versant mélancolique et même parfois suicidaire. Je pense à des grands cinéastes comme Olivier Assayas ou Gus Van Sant.

Dans les films de Céline, il y avait une espèce d’appel d’air et d’appel vers l’émancipation, quelque chose qui faisait qu’on ne sortait pas plombé, que le cinéma gardait son caractère enchanté. Et ça, ça me donnait très envie de la connaitre et d’essayer de construire un rapport avec elle dans le travail.

Comme je savais en plus que ce serait une sorte de portrait de garçons, c’était bien qu’il y ait au centre une mère, qui est jouée par Sandrine Kiberlain. Mais déjà dans la première étape de l’écriture, pour moi, une femme était nécessaire, et la femme qui s’imposait par son talent, c’était forcément elle. (elle sourit) Vous savez, je n’avais pas non plus beaucoup le choix (rires). Non, non, c’est pour rigoler !

C.S. : C’est ma chance ! C’est le manque de choix qui créé mes opportunités ! (rires)

Parfois, on sent qu’il y a des affinités entre des cinéastes, des scénaristes, des acteurs… Mais il y a peut être une peur de dire « j’aimerais travailler avec vous ». Est-ce que pour vous, cela s’est passé naturellement ? 

C.S. : On s’est rencontrés pour travailler, dans une commission autour des courts métrages contre l’homophobie (Céline Sciamma a réalisé un court métrage pour la collection 5 films contre l’homophobie, Ndlr.). Mais on s’était croisés. (…) Il y avait une proposition. Il n’y a pas eu une grande entreprise de séduction réciproque. On s’est vus pour une question de travail. On s’est serré la main à la fin en disant « oui ». « On essaye ». Et la fois d’après, on s’est vus pour travailler. C’était extrêmement concret, simple. C’est une alliance, une alliance générationnelle.

A.T. : Générationnelle, c’est vrai. Mais aussi une espèce de curiosité de savoir comment on allait s’accorder et parvenir ensemble à faire le même film. C’était vraiment très excitant. J’ai vu d’emblée à qui j’avais à faire, c’est-à-dire pas du tout à une béni-oui-oui quoi. C’était aussi très stimulant qu’un partenaire d’écriture puisse avoir du répondant et un œil critique sur ce que je pouvais éventuellement proposer. De la même manière que je ne me gênais pas par rapport à ce qu’elle me proposait aussi. (…) On n’a pas eu peur de se blesser narcissiquement. C’est toujours difficile quand on ne connait pas les scénaristes, cette part de blessure narcissique. On vous apporte un cadeau, des propositions… Comment mesurer le travail effectué, qui est tout à fait défendable, et en même temps le rejeter, dire qu’on n’en veut pas ? Ça, c’est vraiment très dur. Or, étrangement, alors qu’on a refusé réciproquement des propositions l’un de l’autre, et qu’on a eu de façon très dynamique de nombreux désaccords, ça n’a jamais débordé sur une susceptibilité d’auteur. Je ne sais pas comment on n’a échappé à ça.

C. S. : C’est vrai ! C’est fou, mais c’est vrai !

Et c’est important ! Pour ne pas se retrouver à accepter des choses qu’on ne veut pas…

A. T. : C’est important – ça m’était arrivé sur d’autres expériences, moins heureuses-, parce qu’après on a affaire à la rancune de l’auteur blessé. Ça peut contaminer la relation de travail. Mais nous, on n’est pas du tout tombé dans ces pièges-là.

C. S. : Oui, ça a pris un an en tout. Un an où par ailleurs on finissait chacun nos films respectifs [L’homme qu’on aimait trop pour André Téchiné, et Bande de filles pour Céline Sciamma]. Et comme le tournage était en deux parties [en hiver et en été, Ndlr.], on a réécrit un peu au milieu ensemble. C’était très intense. C’était rondement mené dans le temps. Ce n’était pas une écriture fleuve, c’était très concentré. (…) On a des tempéraments qui sont compatibles. Peut être est-ce le tempérament des grands mélancoliques, mais on essaye toujours d’aller vers la joie. C’est l’endroit où l’on s’est entendu.

A. T. : Et puis, c’était aussi égoïstement utile de travailler avec Céline parce que je supposais qu’elle pouvait m’apporter de l’unité. Moi j’aime bien quand ça part dans tous les sens. J’aime bien les digressions, les sous-histoires, les carrefours d’histoire… J’adore ça. Je savais, sans que ce soit sur le mode conflictuel, qu’avec Céline qu’il y aurait une pureté de la ligne. Dans ce film, le côté simple et droit, je le dois à la présence de Céline au scénario, qui a un grand sens de la concentration et de l’unité. Ce n’est pas un compliment, c’est un fait.

Vous avez devancé ma question… Que pensez-vous avoir apporté l’un à l’autre ?

A. T. : L’unité, c’est ça. Le minimalisme. J’ai tendance à être un peu trop baroque et surabondant.

C. S. : Il me l’avait dit, donc je savais que j’étais convoquée à cet endroit-là.

A. T. : Elle est super concise.

C. S. : Les questions des désaccords qu’on peut avoir sur la fiction, ce sont aussi ceux que l’on peut avoir dans notre rapport au monde. Est-ce que la fiction ment ? Est-ce qu’elle dit la vérité ? Je suis rentrée dans le rapport au cinéma de Téchiné, dans son rapport aux personnages… Et ça m’a déplacé. On verra à quel point ça m’a déplacé dans mon propre travail. Je me suis autorisée, par exemple, dans les dialogues des choses plus littéraires… Des choses que j’aime mais que je ne m’autorisais pas forcément…

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