Pourquoi Cruella est un film de mode à ne pas manquer

Au cinéma comme sur nos écrans télé, beaucoup se sont risqués à raconter les coulisses de l’industrie de la mode… et très peu ont réussi l’exercice.

La mode est un univers si versatile et si entier qu’il est difficile d’en montrer toute la subtilité, notamment dans les interactions entre les personnages. Les réalisateurs et réalisatrices ont tendance à apposer une vision toujours clichée, dénuée d’un peu de nuance. Racontée de l’extérieur, la mode se fait pâle et le vêtement perd de son mordant.

Cruella est en quelque sorte l’Hannibal Lecter de Disney – Andrew Gunn

Ce n’est pas le cas de Cruella, le film qui revient sur l’histoire de Cruella d’Enfer, illustre méchante du roman et de son film d’animation éponyme signé Disney : Les 101 Dalmatiens.

Et c’est Craig Gillespie, le réalisateur australien derrière le film Moi, Tonya (2017) que l’on retrouve derrière la caméra. Une information qui a son importance puisqu’à l’instar de Cruella, le film racontait lui aussi l’histoire d’une femme ambitieuse et exigeante, qui sombre peu à peu dans la folie.

Les origines de Cruella d’Enfer

Lorsqu’on évoque le personnage de Cruella d’Enfer, plusieurs images viennent en tête, mais la plus connue reste sans doute celle où on la voit au volant de sa voiture, les yeux injectés de sang, ses cheveux blanc et noir en bataille, sa fourrure blanche en toile de fond. En une seule image, c’est toute la folie du personnage qui est montrée et identifiée à travers l’apparence et donc le vêtement.

“Cruella d’Enfer est sans doute la plus emblématique des méchantes de Disney, car elle est merveilleusement diabolique. Elle est extravagante, hyper branchée, grandiloquente, manipulatrice, sournoise, et de toute évidence totalement excentrique. Elle a toutes les qualités d’un personnage que l’on adore détester. Elle est en quelque sorte l’Hannibal Lecter de Disney”, explique Andrew Gunn qui a produit le film aux côtés de Marc Platt et Kristin Burr.

 

Mais comment Cruella d’Enfer, le personnage né dans les années 50 dans le roman Les 101 Dalmatiens de Dodie Smith est-il devenu aussi méchant ? C’est la question à laquelle le long-métrage Cruella répond. Transposé dans le Londres des années 70, période foisonnante pour la mode, le film raconte donc comment Estella – interprétée par Emma Stone – une jeune fille non-conformiste, passionnée de mode et talentueuse va devenir l’exubérante Cruella, créatrice obsédée par les fourrures et kidnappeuses de chiens.

Elle est extravagante, hyper branchée, grandiloquente, manipulatrice, sournoise, et de toute évidence totalement excentrique. Elle a toutes les qualités d’un personnage que l’on adore détester.

Kristin Burr : “Cruella a tout ce que je préfère dans la vie : la mode, les chiens… et la vengeance ! Très tôt, nous avons décidé de situer le film dans le Londres des années 1970. C’était très excitant parce que nous avons ancré le personnage dans un monde réel et non plus au pays des contes de fées. C’était l’occasion de repousser nos limites. Londres était le centre de la mode et de l’anarchie à l’époque. Quel splendide parallèle avec Cruella !”

L’histoire est simple : après avoir vu, enfant, sa mère se faire tuer par des dalmatiens, Estella trouve refuge auprès de deux orphelins. Le trio vit de menus larcins jusqu’au jour où la jeune femme trouve une place dans un grand magasin où son œil mode sera remarquée par La Baronne – jouée par Emma Thompson-, la créatrice de mode la plus en vue de la ville. 

À ses côtés, elle entend apprendre les rudiments du métier jusqu’à ce qu’elle aperçoive au cou de son mentor le collier de sa mère disparue. La vengeance naît et, petit à petit, Estella laisse place à un alter-ego incontrôlable, Cruella.

“Quelle part du Cruella existe en Estella, et vice versa. Il est intéressant de se demander si Cruella fait partie d’Estella depuis toujours, ou si ce sont les événements tragiques de sa vie qui la façonnent peu à peu. Au fond, l’histoire dit que chaque être humain recèle tout en lui, que nous pouvons accéder au bien comme au mal, mais que les événements qui nous arrivent peuvent faire ressortir l’un ou l’autre. Je pense que ce sont les épreuves qu’elle traverse qui exaltent quelque chose de profondément ancré en elle, et qu’elle l’accepte plutôt que de le combattre”, analyse Emma Stone.

Estella, Cruella et La Baronne, trois icônes de mode

Comme vous l’aurez bien compris, Cruella, c’est une histoire de mode. Et si ce préquel manque un peu de rigueur dans la narration, la mode y est excellente et montre bien la manière dont le Londres des années 70, grâce à l’émergence du mouvement punk, a donné un nouveau souffle à une industrie quelque peu figée.

C’est ce que montrent parfaitement deux personnages du casting, ou oserons-nous dire, trois. “C’est le plus gros projet de toute ma carrière. Le nombre de looks pour Emma Stone est énorme : elle a au total 47 costumes, et Emma Thompson 33. Même Joel Fry et Paul Walter Hauser ont eu chacun droit à 30 costumes différents”, explique Jenny Beavan la costumière principale du film qui a dû “créer un langage et une grammaire pour ces deux personnages, non seulement pour leurs propres costumes, mais aussi pour les lignes de vêtements qu’ils créent tout au long de l’histoire”, comme l’exprime le producteur Marc Platt.

Il y a Estella et ses cheveux rouges, son noir décadent qui rompt complètement avec la féminité à la Mary Quant vendue dans les rayons de Liberty, le Grand Magasin où elle travaille.

On retrouve sur elle des notes de Vivienne Westwood ou, de manière anecdotique, Alexander McQueen. C’est Nina Hagen, chanteuse allemande punk, qui a inspiré le style du personnage. Jenny Beavan : “On la voit assise, les jambes croisées ; elle porte un pull pelucheux légèrement oversize et un pantalon souple très ordinaire. Cela m’a donné l’idée qu’Estella aurait pu fréquenter les boutiques vintage de Brick Lane à Londres, à l’époque où c’était un marché aux puces”.

La Baronne me fait penser à la fusion de Coco Chanel et de Vladimir Poutine.

Puis il y a La Baronne, figure plastique à l’apparence sculpturale. Il y a de la prestance, de la dignité, une froideur aussi. Dans l’interprétation de Thompson, on retrouve un peu de Margo Channing, le personnage joué par Bette Davis dans le film Eve (1951) de Joseph L. Mankiewicz qui raconte la compétition entre une actrice d’âge mûr et un nouveau visage.

Andrew Gunn : “Emma Thompson a apporté à la Baronne une élégance intemporelle et beaucoup de classe. Elle l’a jouée avec une malveillance calme et maîtrisée, une froideur tranquille : c’est de la glace qui coule dans ses veines. Elle me fait penser à la fusion de Coco Chanel et de Vladimir Poutine”.

Côté vêtement, on retrouve dans la Baronne un peu du Dior des années 50, du Balenciaga comme du Givenchy. “Nous nous sommes inspirées des icônes du cinéma d’autrefois, de Joan Crawford à Elizabeth Taylor”, confirme Emma Thompson.

 

Troisième personnage phare : Cruella. Sur elle, la mode prend une dimension à la subversion exacerbée. Il y a le bal noir et blanc où elle apparaît dans une cape blanche somptueuse qu’elle fait disparaître dans les flammes révélant une robe rouge sang. Il y a une soirée également pour laquelle elle arrive à moto dans une combinaison en cuir noir brillant aux épaulettes proéminentes et au motif de pneu.

Sous sa chevelure bicolore, un maquillage qui lit “The Future” ou “Le Future”. “Pour Cruella, je me suis lâchée. Ses looks sont énormes à chacune de ses apparitions. Ayant affaire à une femme qui est tellement dans la mode et jongle tout le temps avec ses tenues, j’ai senti qu’elle ferait de même avec ses coiffures et son maquillage”, explique Nadia Stacey, la make-up artist du film.

Dernier look et pas des moindres, la robe très John Galliano avec sa traîne de 12 mètres fabriquée à partir de la collection de robes de la Baronne de 1967. Apparaît également dans le film une idée aussi horrible qu’iconique, à travers un manteau à l’imprimé dalmatien qui montre bien les débuts d’un chavirement.

Les looks de Cruella sont énormes à chacune de ses apparitions.

Si Cruella est un bon film de mode, c’est non seulement parce que le vêtement y occupe une place prépondérante, mais aussi parce qu’il sait montrer les coulisses d’une industrie sans pour autant trop entrer dans la caricature. Ce ne sont pas “les gens de la mode” qui cherchent à être définis, mais bien une dynamique entre deux femmes. D’un côté, celle qui représente un monde révolu et d’autre une jeunesse qui n’a pas froid aux yeux. Le vêtement trouve ainsi dans le film une place politique, au sens large du terme.

Politique parce que même si tout oppose Estella/Cruella et La Baronne, il permet à chacune d’entre elles de s’auto-définir, d’être crainte, respectée et admirée. Le vêtement protège autant qu’il inflige.

La leçon à retenir serait sans doute qu’il est plus simple que l’on ne veut bien le croire de changer qui on est. Il suffit d’enfiler le bon costume : de préférence un qui ne nécessite pas le meurtre d’animaux.

Cruella de Craig Gillespie, en salle le 23 juin 2021.

Les costumes iconiques de Cruella, le film

Les costumes iconiques de Cruella, le film

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Les costumes iconiques de Cruella, le film

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