"Voodoo Cello", un troisième album pour Imany : sa voix, huit violoncelles, "pas de trucage"

On a eu très peur que vous arrêtiez la musique puisque c’est ce que vous aviez annoncé et j’ai l’impression que ce projet relance justement votre amour pour celle-ci ?

Je n’ai jamais vraiment perdu mon amour de la musique, mais c’est vrai que mon amour du business de la musique a été malmené. Il fallait que je retrouve du sens. Du coup, j’ai mis tous les trucs qui étaient pesant dans le business de la musique, dans sa fabrication, de côté.

“Je me suis concentrée sur l’essentiel, c’est-à-dire sur la musique elle-même et c’est ce qui me rend heureuse, complète, ce n’est plus du tout pareil. J’ai vraiment décidé de faire les choses autrement, pour moi.”

à franceinfo

Vous vous êtes réapproprié carrément des chansons incontournables comme If you go away ?

C’est Brel, Ne me quitte pas en anglais qui a été adapté par Dusty Springfield, reprise par Niel Diamond ou encore Franck Sinatra. Je ne la connaissais pas. Et au moment où je suis en train de réfléchir au répertoire du disque, je regarde une série et c’en est le générique. C’était tellement bouleversant. Je suis allée écouter toutes les versions qui existaient. Je me suis dit qu’il fallait que je l’essaie et ce qui est drôle, c’est que c’est la première chanson que j’ai arrangé sur le projet et à partir de ce moment-là, c’était acté.

Il y a une chanson incroyable dans Woodoo Cello. Vous êtes d’origine comorienne et vous avez eu l’idée de reprendre Wild word de Cat Stevens en Comorien. Comment avez-vous eu cette idée ?

C’est vraiment le fruit du hasard et ma mère m’a aidée. Je voulais faire Wild Word car j’adore cette chanson et j’en suis à ma troisième, quatrième version et les arrangements que je trouve ne marchent pas. Je n’y arrive pas et je suis à deux doigts de laisser tomber. Je suis en train d’écouter chez moi et ma mère qui est là, me demande : “Mais c’est une chanson comorienne que tu as faite en anglais ?” Je réponds que non, c’est Cat Stevens. Je lui fais écouter la chanson originale et elle me dit que quand elle avait une vingtaine d’années, aux Comores, elle entendait cette chanson en Comorien passer en boucle à la radio. Elle commence à me la chanter en comorien et on s’est dit qu’on allait faire notre propre adaptation. Je ne parle pas le Comorien couramment, mais elle, oui.

J’ai voulu changer un peu le point de vue. C’est-à-dire que dans la version de Cat Stevens, c’est un mec qui parle à sa femme, qui le quitte, et je n’ai pas l’impression que c’est très bienveillant. Il le prend mal et au lieu de dire : “Je prends mal la séparation, je suis malheureux“, ce qui aurait été peut-être la démarche la plus honnête, il dit : “Bonne chance dans ce monde de merde, sans moi“.

J’ai eu du mal à la défendre parce qu’il y a quelque chose de l’ordre, du paternalisme qui me gênait et donc sans changer les mots, j’ai pris le parti d’une mère qui parle à sa fille de la vie et qui lui dit que le monde n’est pas facile et donc bonne chance. Elle a des parents qui l’aiment, ça ne va pas être simple, mais elle va y arriver.

Votre histoire ?

Peut-être ! En tout cas, c’est ce que j’essaie de dire à ma fille et j’utilise cette chanson pour le faire et le Comorien pour qu’elle le comprenne.

Vous avez failli être sportive de haut niveau, vous avez été mannequin et ensuite, la musique, comme une évidence.

Enfant, je voulais déjà faire de la musique. Très jeune, j’allais voir mon père en lui disant, je crois que je vais chanter et il m’a dit : “Non”.

La musique était une évidence. C’est juste que j’ai mis du temps à y aller

à franceinfo

Votre père était assez strict, militaire.

Maintenant que je suis parent, j’arrive à comprendre qu’on veuille le mieux pour ces enfants, avec ce qu’on a. Je vois bien que mon père débarquait des Comores, il était militaire et il y avait peu de chance qu’il me dise : “Mais oui ma fille, tu peux faire ce que tu veux“. Il a fini par l’accepter plus tard et c’est ce qui compte, mais oui, c’était d’abord la musique.

Votre premier album The shape of a broken heart est sorti en 2011 avec You will never know. Ça fait dix ans, quel regard portez-vous sur ce parcours ?

Un regard très reconnaissant. D’abord, je n’arrive pas à voir où sont passés ces dix ans. C’est long et en même temps, c’est rapide. Je n’ai pas sorti une tonne d’albums. J’en suis à mon troisième. Je prends mon temps. Je fais des grosses tournées aussi et j’essaie de faire le boulot. Et ça demande du temps de faire le boulot correctement. En tout cas, je suis reconnaissante.

Imany est actuellement en tournée. Elle sera le 16 octobre à Aix-en-Provence, le 10 à Bordeaux, le 15 novembre 2021 au Théâtre du Châtelet à Paris.

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