Affaire Epstein : le témoignage de Thysia Huisman qui accuse Jean-Luc Brunel de viol

Un ancien top néerlandais parle, pour la première fois, à visage découvert du viol qu’elle dit avoir subi, en 1991, de la part du Français Jean-Luc Brunel, un ami de Jeffrey Epstein.

D’agent de mannequins à trafiquant de mineures, il n’y a qu’un pas. Accusé d’avoir violé des mannequins et fourni des esclaves sexuelles, parfois mineures, à son ami Jeffrey Epstein, le Français Jean-Luc Brunel est sous le coup d’une enquête. Pourtant, malgré les voix qui se sont élevées contre l’homme d’affaires, la justice traîne, estime l’ancien top néerlandais Thysia Huisman qui accuse Brunel de l’avoir violée en 1991. Aujourd’hui âgée de 47 ans, la réalisatrice pour la télévision a accepté de témoigner à visage découvert dans une vidéo diffusée jeudi 17 septembre par L’Obs.

De la drogue dans le cocktail

Lorsqu’elle croise le chemin de Jean-Luc Brunel en 1991, Thysia Huisman vient d’avoir 18 ans. Lui en a 46 et est à l’époque le tout-puissant patron de l’agence de mannequins Karin Models. L’homme a repéré la jeune Hollandaise à Bruxelles et veut donner un formidable coup d’accélérateur à sa carrière. Pour lui rendre service, il propose même de l’héberger dans son très chic appartement parisien de l’avenue Hoche. L’offre est alléchante mais Thysia Huisman se méfie et exprime ses doutes à son agence belge. «C’est un honneur qu’il t’accueille. Il ne reçoit que celles qui ont un véritable potentiel. Brunel est un gentleman», lui rétorque-t-on. Alors, le mannequin accepte et s’en va à Paris.

Dès le premier soir, Brunel lui fait des avances explicites : «Toi et moi, nous allons coucher ensemble.» Thysia Huisman refuse, joue la carte de l’humour et s’arrange pour ne jamais se retrouver seule avec lui. «Je croyais que je pourrais me débrouiller, depuis toute petite j’avais appris à être indépendante et autonome. J’ai été naïve», regrette-elle encore aujourd’hui. Au retour d’une fête, il fait boire un cocktail au mannequin. Vingt minutes plus tard, Thysia Huisman ne se sent plus aucune force. Elle l’assure : il y avait de la drogue dans le verre. La suite ? Elle se souvient que Jean-Luc Brunel la pousse sur son lit avant de la violer.

Lorsqu’elle se réveille au petit matin, elle fuit l’appartement et saute dans le premier train pour Bruxelles. «Quand j’ai essayé d’expliquer à mon agente pourquoi j’étais partie, elle ne m’a pas écoutée, confie-t-elle à L’Obs. Elle m’a juste accusée de ne pas être professionnelle.» Thysia Huisman ne reparlera plus jamais de cette soirée et gardera le secret pendant vingt-huit ans. «Durant tout ce temps, il y avait cette petite voix qui me répétait combien j’avais été stupide de me mettre dans une situation pareille, combien je devais me sentir honteuse et coupable.» S’ensuivront des épisodes de dépression.

En vidéo, “Jeffrey Epstein : Pouvoir, argent et perversion”, la bande-annonce

Une justice trop lente

Un jour, Thysia Huisman se décide à parler. «J’ai commencé à faire des recherches sur Brunel. J’ai lu le blog d’une autre de ses victimes, Zoë Brock. Et, d’une certaine manière, ça m’a permis de réaliser que je ne suis pas la seule. C’était un peu comme une confirmation que je ne suis pas folle, que ce n’est pas de ma faute. Mais, en même temps, en découvrant ce qu’il avait fait avec Epstein, ça m’a rendue malade. Et puis, comme je n’ai pas parlé, comme je ne suis pas allée à la police, rien n’est arrivé à ce type. Il a pu continuer, encore et encore à faire des choses horribles.»

Bien décidée à parler, Thysia Huisman appelle aujourd’hui la justice à accélérer le volet français de l’enquête. Elle, a déjà tout raconté à l’Office central pour la Répression des Violences aux Personnes (OCRVP) à Nanterre, le 9 septembre 2019. Comme d’autres victimes présumées qui ont rapporté des faits similaires, souvent trop anciens et donc prescrits. Pourtant, Jean-Luc Brunel n’a à ce jour été entendu ni par la justice française, ni par les services d’investigation américains. «C’est très frustrant, cela me rend triste et en colère en même temps», proteste Thysia Huisman, qui vit à Amsterdam. «Dans l’industrie de la mode, tout le monde savait que Brunel était un prédateur. Tout le monde savait, mais tout le monde s’en fichait. Les gens étaient là pour faire de l’argent et c’était une sorte de culture de regarder ailleurs.» En attendant, la Néerlandaise espère que de nouvelles victimes trouveront le courage de venir déposer auprès de la justice.

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