INTERVIEW – Jane Birkin: "À cause de ma maladie chronique, je suis difficile à caser au cinéma "

Nous avons interviewé Jane Birkin à l’occasion de la sortie de son nouvel album très intime Oh! Pardon, tu dormais… (Universal). Une rencontre à l’image de son disque: merveilleuse.

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Douze ans après son dernier album de titres inédits, Jane Birkin fait son grand retour, en français et en anglais avec un disque très intime. Nous l’avons interviewée à l’occasion de la sortie de son nouvel album Oh! Pardon, tu dormais… (Universal). Une merveille composée par Etienne Daho, dont elle a elle-même écrit tous les textes.

Femme actuelle: Dans ce nouvel album, vous n’hésitez pas à affronter les émotions les plus douloureuses… Un processus d’écriture difficile?
Jane Birkin:
Au départ, il y avait ce vieux projet d’Etienne [Daho, ndlr] d’adapter sous forme d’album ma pièce Oh pardon tu dormais…, qu’il est venu voir et revoir au théâtre, à sa création. Et puis je suis partie sur d’autres projets, et ce n’était jamais vraiment le moment. Finalement, j’ai demandé à mon manager si ça l’intéresserait encore, il a dit oui. Et puis un soir de tournée à Lyon, j’étais dans une telle tristesse… Je me confiais à mon directeur artistique Philippe Lerichomme, qui m’a dit : “Mais écris tout ça !“. C’est devenu les textes de Cigarettes et Ces murs épais. Il fallait que ça sorte. Je ne pouvais pas ne pas en parler. Donc c’est rentré comme ça dans l’album.

La chanson Max est-elle une référence au coiffeur du même nom, dans l’album de Serge Gainsbourg L’homme à la tête de chou?
J.B.:
Non, c’est le prénom masculin que j’aurais aimé avoir. Et je l’ai souvent utilisé pour des personnages, comme dans mon film Boxes par exemple. Un jour, dans un café, le serveur m’a dit : “Ah, j’ai vu ce que vous avez fait de mieux !”. Je me suis dit : “Ah bon, si ça se trouve, ça va être “La course à l’échalote“…. Mais non, c’était Boxes, ça m’a fait tellement plaisir. Je crois qu’il y avait vraiment des bonnes scènes, comme le monologue auprès de mon père mort, ou la scène entre Lou et Maurice Bénichou.

À marée haute évoque les paysages du Finistère… où vous passez plus de temps qu’à Paris?
J.B.:
Non, hélas, J’aimerais bien, mais ma maison là-bas est quand même à quatre heures de Paris, donc on ne peut pas partir sur un coup de tête, ou juste pour un weekend ce serait fatigant – il faut s’organiser un peu avant. D’autant que les filles en profitent aussi, de temps en temps. C’est une grande maison, je n’aime pas m’y retrouver seule. En fait, seule, je n’aime rien.

Est-ce la maison sur une île que l’on voyait dans le film Kung-Fu Master?
J.B.:
Ah non, celle-ci c’est Agnès Varda qui l’avait trouvée, sur une petite île anglo-normande du côté de Jersey. J’avais écrit la première version du scénario, où son fils Matthieu tombait amoureux de moi, mais Agnès n’approuvait pas. Elle a changé l’histoire, et c’était plutôt moi qui tombait amoureuse de lui. De toutes façons, le noyau de l’histoire c’était la nostalgie de l’enfance. Agnès m’a dit : “Si tu ne veux pas être trahie, la seule façon, c’est de faire les choses soi-même”. En me disant ça, elle m’a vraiment poussée vers l’écriture.

On a vu la famille Chedid réunie sur scène. Aimeriez-vous partager un jour un peu de musique avec vos filles Lou Doillon et Charlotte Gainsbourg?
J.B.:
Oh oui. Mais au moment où ça leur plairait. Je ne veux pas que ce soit un fardeau de plus.

Quelle place occupe le cinéma dans votre vie, aujourd’hui?
J.B.:
En temps normal j’y vais deux fois par semaine. À l’automne, juste avant le confinement, j’avais vu le nouveau Hong Sang Soo. Je voulais être dans son monde à lui. Je savais que presque rien ne se passerait, mais j’aime ses personnages, ses anecdotes sur les chats, les poules… Après la mort de Kate, j’allais au cinéma trois fois par jour avec mon amie Gabrielle. C’était la seule chose à faire, d’entrer dans la vie des autres. Voir des choses tellement tragiques, ou tellement drôles, que pendant un moment nos malheurs passent à l’arrière-plan. Les bonnes comédies, ça fait tant de bien. En ce moment, on devrait nous diffuser en boucle les Monty Pythons, comme La vie de Brian.

Et le cinéma en tant qu’actrice?
J.B.:
Je ne me projette pas dedans. Je suis difficile à caser. À cause de ma maladie chronique, les compagnies d’assurances ne veulent pas s’engager, ou seulement un jour ou deux de tournage… Et puis, on se supporte de moins en moins à l’image. Un jour, “c’est parti“. Ma mère m’avait dit ça, son sentiment que un matin, au réveil, elle avait senti que “c’était parti“. La beauté, l’envie. Et pourtant elle avait une telle beauté classique, comme la star de Autant en emporte le vent. Moi, j’aimerais bien faire encore un truc très drôle… une exploratrice !

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