Une Île sur Arte : de quels mythes s'inspire la série ?

Sur une île de pécheurs, des hommes disparaissent mystérieusement tandis qu’une jeune fille (Noée Abita) se découvre des pouvoirs étonnants… Quels sont les récits et légendes qui reflètent la série, dont la diffusion s’achève ce soir sur Arte ?

Une mythologie inversée

Une Ile propose une inversion du mythe des sirènes originel dans lequel les hommes se défient des femmes, vues comme une menace par les marins. Si un tel récit peut sembler peu féministe aujourd’hui, il est abordé sous un angle très différent dans la série, à mi-chemin entre le message écologique et l’éveil du corps féminin. “J’ai eu peur quand on m’a proposé le projet, je pensais que ce serait un peu une caricature de l’idée de la Petite Sirène. En réalité, elle est plutôt noire et dangereuse, et n’a pas de costume bizarre !” s’amuse Laetitia Casta, qui interprète la menaçante Théa. L’intuition féminine et la part d’animalité du personnage ont séduit l’actrice. “Sa mission est de pouvoir transmettre (…) Il y a comme une sorte de confusion entre cette femme et la Nature. Elle “nettoie” [le monde] de manière assez radicale, et je trouvais ça très intéressant de pouvoir incarner un personnage un peu étrange avec des super-pouvoirs.

Pour la scénariste, Gaïa Guasti, “notre propos était d’inverser les points de vue, et de raconter le mythe par le biais d’une femme qui se découvre sirène. Si on avait pris le point de vue du personnage de Théa, je pense qu’il aurait été plus difficile de s’identifier. Celui de Chloé découvre sa puissance; c’est à la fois un récit initiatique et une quête d’identité. C’est une jeune fille qui va se découvrir et s’assumer en tant que femme, et se réapproprier son passé.” 

Légende corse et références bibliques

Au-delà du mythe de la sirène, d’autres récits résonnaient avec l’histoire de la série. Pour Laetitia Casta, qui possède des origines corses, elle évoque indirectement l’histoire de l’œil de Sainte Lucie, “ce petit coquillage qu’on voit partout dans les bijouteries en Corse et qui sert de porte-bonheur.” L’histoire d’une jeune femme qui croie en la Vierge Marie et qui, pour prouver sa croyance, va s’arracher les yeux et les jeter dans la mer avant que la Vierge, touchée par sa dévotion, ne lui rende la vue. Le coquillage, en forme de spirale, symbolise les yeux de la jeune femme. La série utilise d’ailleurs ce même symbole du coquillage pour signifier la filiation entre Chloé et Théa.

En face de la jeune fille (Noée Abita), certains homme lui font porter la responsabilité du désir qu’elle éveille en eux et qu’ils sont incapables de contrôler, à l’image des sorcières dépeintes comme des persécutrices. Pour Laetitia Casta, le personnage de Théa se rapproche justement du mythe de Lilith, première femme créée par Dieu dans la Bible avant Eve, et présentée comme l’égale d’Adam. Faisant partie des premières figures mythologiques reprises par les mouvements féministes et dépeintes dans de nombreuses fictions comme l’équivalent d’une puissante sorcière, elle est notamment représentée dans la série Les Nouvelles Aventures de Sabrina comme la compagne de Satan, qui tente de s’émanciper de son maître.

Face à son savoir, Adam se retrouve incapable de la dominer. Il va demander à Dieu de l’exclure du paradis, et elle va se venger en tuant les enfants qu’il aura avec Eve, les hommes”, explique Laetitia Casta.” Dans le mythe d’Andersen, la sirène veut devenir un être humain. Dans la série, elle tue les hommes et veut transmettre son savoir, d’où la similitude avec Lilith. J’ai trouvé que c’était un discours assez féministe, où on parle de puissance de femmes, de sauver la nature et de se reconnecter avec ses sens.

Retrouvez Une Ile ce soir à 21h sur Arte et en intégralité sur le site de arte.tv :

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