"La Loi de Téhéran" : un polar iranien explosif, Grand prix du Festival du film policier de Reims

Grand prix et prix de la critique au Festival du film policier de Reims (qui remplace Beaune), deuxième long métrage, à 31 ans, de l’Iranien Saeed Roustayi, La Loi de Téhéran marque une date dans le polar au cinéma. Le titre original, 6,5 en iranien, renvoie aux 6,5 millions d’Iraniens accros au crack : de l’enquête aux exécutions, le meilleur thriller depuis des lustres sort en salles mercredi 28 juillet.

La voix de son maître

Après l’arrestation de centaines de petits consommateurs de crack, la brigade des stups sous les ordres de Samad, flic obstiné aux interrogatoires retords, met enfin la main sur le puissant parrain de la drogue, Nasser K. Dans une prison surpeuplée, les deux hommes s’affrontent, chacun tentant de faire craquer l’autre, alors que des comptes se règlent par ailleurs entre les flics…

L’un des meilleurs thrillers que j’aie jamais vus” scande William Friedkin, en haut de l’affiche. Le réalisateur de French Connection et de To Live and Die in L. A. a reconnu sa patte dans celle de Saeed Roustayi. La course entre les flics et un dealer qui ouvre le film, l’embouteillage des camions et la chute hallucinante qui clos la scène, sont du pur Friedkin. Les deux réalisateurs viennent du documentaire, dont l’influence est majeure sur leur mise en scène. L’Iran ne nous a pas habitué aux films de genre, et sort un coup de maître. Scénario, dialogue, jeu, images, l’habilité du jeune réalisateur éblouit dans chaque scène.

Deux lions en cage

Mais le film ne repose pas uniquement sur cette seule influence de Friedkin sur Saeed Roustayi. Il creuse son propre sillon. Il donne un ton personnel à son film en jouant sur la durée d’une scène, tout en crescendo, jusqu’à plus soif, puis en enchaîne une autre, et encore une… Le film est sans cesse relancé, par l’action ou les dialogues. La rafle sur le chantier de tubulures fait penser à une scène de science-fiction. Son flic tenace et le mafieux, remarquablement interprétés par Payman Maadi (Une séparation) et Navid Mohammadzadeh (Cas de conscience), sont comme deux lions en cage qui cherchent à “bouffer” l’autre.

Le film n’est sans doute pas pour déplaire aux autorités de Téhéran, tant il démontre de A à Z ce que l’on encourt si l’on s’adonne au trafic de drogue. En Iran, la sanction pour possession de narcotique est la même que l’on ait 30 g ou 50 kg sur soi : la peine de mort. D’où le titre en France, La Loi de Téhéran. Le credo du film est que la dureté de la sanction est justifiée par l’explosion d’une consommation de crack estimée à 6,5 millions d’usagers en Iran, pour 83 millions d’habitants ! D’où le titre 6,5 en Iran.

La conclusion du film sur les efforts investis et les dégâts collatéraux, constate une consommation toujours en augmentation, ce qui relativise l’efficacité de la méthode. Le même constat pourrait être fait en France. Pas pour le crack, mais pour le cannabis (la peine de mort en moins). Au-delà du discours, Saeed Roustayi se révèle un metteur en scène hors pair, dont le titre du premier long métrage Life and a Day, inédit en France, renvoie à To Live and Die in L. A.de Friedkin, la boucle est bouclée. Bienvenu au cinéma de genre iranien.

La Fiche

Genre : Policer / Thriller
Réalisateur : Saeed Roustayi
Acteurs : Payman Maadi, Navid Mohammadzadeh, Houman Kiai
Pays : Iran
Durée : 2h14
Sortie : 28 juillet 2021
Distributeur : Wild Bunch

Synopsis : En Iran, la sanction pour possession de drogue est la même que l’on ait 30 g ou 50 kg sur soi : la peine de mort. Dans ces conditions, les narcotrafiquants n’ont aucun scrupule à jouer gros et la vente de crack a explosé. Bilan : 6,5 millions de personnes ont plongé. Au terme d’une traque de plusieurs années, Samad, flic obstiné aux méthodes expéditives, met enfin la main sur le parrain de la drogue Nasser K. Alors qu’il pensait l’affaire classée, la confrontation avec le cerveau du réseau va prendre une toute autre tournure…

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