Exposition "Bowie Odyssée" au Palace : la folle épopée de la star du rock vue à travers la riche collection de ses fans

Après l’exposition phénoménale David Bowie Is passée par la Philharmonie en 2015, que reste-t-il à exposer de Bowie ? Que peut-on montrer de plus sur celui qui avait lui-même soigneusement conservé toutes les traces de sa flamboyante épopée ? Il reste à découvrir la collection de l’un de ses plus grands admirateurs, le Français Jean-Charles Gautier. C’est ce que propose l’exposition Bowie Odyssée, 50 ans de Fanmania, à voir au Palace à Paris jusque fin août.

Ce que Bowie avait conservé précieusement dans un entrepôt de 10 000 m2 et dans lequel ont pioché les organisateurs de l’exposition David Bowie Is, c’était des tenues, des effets personnels. Rien à voir avec ce que j’ai collectionné moi“, souligne d’emblée Jean-Charles Gautier.

Je me suis intéressé très tôt à tous types de supports car j’ai compris notamment que si les disques allaient pouvoir être réédités ce n’était pas le cas de la presse papier, de nature éphémère.

à Franceinfo Culture


“Les objets promotionnels, les affiches, les objets que les fans pouvaient acheter à l’époque, les patchs, les badges, les transferts, les tickets de concerts, les partitions, voilà ce que j’ai gardé. J’en ai des milliers. J’ai plus de 800 posters et des centaines de classeurs de presse allant de 1967 à aujourd’hui. Tout est classé, archivé, mais ça prend beaucoup de place
“, détaille celui qui est considéré comme un des plus grands collectionneurs de l’icône rock.

Une star qu’il a d’ailleurs rencontrée à plusieurs reprises, y compris lors d’un mémorable tête à tête en 1978 dans un taxi en route pour l’aéroport, le Thin White Duke, “curieux de tout“, ayant embarqué au débotté ce frenchy présent à toutes ses apparitions françaises, dont il appréciait à la fois la franchise et le calme (“il détestait l’hystérie des fans“).

Un millier d’objets et de 45 tours

Ce sont donc un millier de pièces, souvent rares, qui sont exposées à Bowie Odyssée, où les trésors de Jean-Charles Gautier voisinent avec l’impressionnante collection de 45T de Yves Gardes, qui a réuni de son côté toutes les versions et toutes les pochettes de singles de Bowie glanées dans le monde entier. 

Dans ce foisonnant butin, on trouve notamment le dessin maladroit du poster promo américain de l’album Ziggy Stardust en 1972, ainsi que de rares PLV (cartons publicitaires géants pour les magasins). Les 25 caissons vitrés classés chronologiquement par albums et évènements débordent quant à eux de magazines, freesbees, gobelets, fanions et autres écharpes à son effigie. On y découvre des supports audio disparus telles cette disquette géante, ancêtre du CD laser, de The Hunger, et des cartouches 4 titres, support né en même temps que la cassette audio et qui a peu duré. On remarque aussi un stylophone, instrument oublié des années 60 dont il s’est servi pour écrire en partie Space Oddity.

Côté photos, il y a celle de Bowie nu et menotté, tenant ses bijoux de famille sous une combinaison, prise à l’époque de Young Americans, mais aussi les essais, où, déguisé en pharaon égyptien, il se cherchait une image en vue de Ziggy Stardust. Quant à la presse, les couvertures de cette créature hautement photogénique foisonnent, des très connues comme celles de Rolling Stone, aux plus rares comme celle d’un magazine gay de 1971 sur laquelle il apparaît en robe, “un exemplaire qui vaut une fortune parce qu’à l’époque c’était très underground et personne n’en avait rien à faire“. Et puis, dans le long couloir d’entrée du Palace, qui a accueilli de folles nuits dans les années 70 et 80, on peut également admirer une série de photos de Bowie signées Mick Rock.

Des trophées souvent obtenus au culot

De toutes ces reliques, de laquelle Jean-Charles Gautier est-il le plus fier ? “C’est difficile de répondre parce que la rareté que l’on attribue à un objet de collection est souvent subjectif. Il y a beaucoup d’objets qui m’ont demandé des efforts, de l’audace et de la patience. J’ai réussi à obtenir son bulletin de naissance au culot, en allant le demander en 1975 à la mairie de Brixton (Londres). La chance a voulu que ce soit une dame âgée qui ne connaissait pas Bowie et n’a pas fait le rapprochement avec David Robert Jones. La PLV de Pinups pour RCA (magnifique, on la voudrait pour soi NDLR), assez rare, m’a demandé un an d’efforts. Je suis passé pour l’obtenir par un manager de RCA France qui m’a mandaté en Angleterre. Il fallait inventer toute une histoire. Je suis allé la chercher en train et comme elle est presque grandeur nature j’ai dû l’entourer de papier bulle.

Mais où et comment est né ce virus de la collection ? Comment devient-on à ce point obsessionnel ? “Pour moi, ça a commencé vers 10-12 ans“, se souvient Jean-Charles Gautier, un homme élégant qui a longtemps travaillé comme agent commercial. “Mes parents m’envoyaient deux mois tous les étés en Angleterre dans une famille de fermiers pour que j’apprenne l’anglais. Tous les matins, j’écoutais la radio avant d’emmener les vaches aux champs. Un jour à la radio, j’ai entendu un morceau qui m’a beaucoup plu mais j’ignorais son titre et de qui il était. Très gentil, le disquaire local m’a fait écouter les 50 premiers singles classés dans les charts et j’ai fini par tomber sur le morceau en question. C’était Space Oddity de Bowie. Je suis rentré en France avec mon disque, qui n’avait pas de pochette. Et ce n’est que deux-trois ans plus tard, dans la même famille anglaise, que j’ai vu Top of the Pops avec Bowie en Ziggy. Le choc.

C’était super fort, lumineux, flamboyant. Bowie brillait de mille feux et lançait le glam rock dans une Angleterre triste et grise.

à Franceinfo Culture


“Mais je n’ai pas tout de suite fait le rapprochement avec
Space Oddity parce que ça n’avait rien à voir. On passait d’un titre folk à un titre rock. C’est à partir de là que j’ai commencé à acheter les journaux de musique, français et anglo-saxons, pour ne plus rien louper, et à collectionner les photos de presse. J’avais la ténacité, l’audace, le culot, tout ce qui fait un collectionneur.”

Le collectionneur fou est aussi gardien d’un patrimoine

Il avait cependant de qui tenir. “Mon père collectionnait les bouddhas et les coquillages et mon grand-père collectionnait les voitures. Je pense que j’ai hérité de leurs gênes. Ca m’a permis de beaucoup voyager et je ne le regrette pas. Ce qui fait ma fierté aujourd’hui c’est que le statut de collectionneur a beaucoup évolué. Dans les années 1970-1980, il était considéré comme un maniaque, un fou furieux, presque un pestiféré. Moi, je me considère comme le gardien d’un patrimoine, d’une histoire et de choses disparues, qu’on ne trouve plus. C’est le témoignage d’une époque. Mais ça ne marche que maintenant, avec le recul.

Bowie Odyssée, 50 ans de fanmania
A voir au Palace, 8 rue du Faubourg Montmartre, 75009 Paris
Tel : 01 48 74 03 65
Du lundi au vendredi, 12h à 21h, samedi 10h à 21h, dimanche 10h à 19h
Entrée 12-14 euros

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