Covid-19 : Solidays annulé, la direction du festival "préfère consacrer son énergie à combler le manque à gagner" pour aider les malades du sida

“On s’est battu, on a voulu y croire pendant longtemps” mais “la probabilité que des festivals avec de grandes jauges debout puissent jouer cet été est tellement faible qu’on a préféré annuler le festival”, a expliqué jeudi 11 février sur franceinfo Luc Barruet, directeur et fondateur du festival Solidays qui devait se tenir à Paris du 18 au 20 juin prochain. Les équipes de Solidarité Sida préfèrent annuler “pour consacrer [leur] énergie à essayer de combler le manque à gagner” dû à cette deuxième annulation consécutive, soit “trouver 3 millions et demi d’euros d’ici la fin du mois de juin”. “On a la responsabilité de pouvoir aider des centaines et des centaines de malades à travers le monde, cette responsabilité est tellement importante qu’on ne peut pas se permettre de dire on a essayé, mais on n’a pas réussi”, a estimé Luc Barruet.

franceinfo : Comment et pourquoi en êtes-vous arrivé à cette décision d’annuler l’édition 2021 ?

Luc Barruet : On s’est battu, on a voulu y croire pendant longtemps. On a voulu croire dans le programme de vaccination. On a voulu croire dans la baisse des plateaux de contamination. Malheureusement, on arrive début février et les indicateurs ne sont pas complètement favorables. La probabilité aujourd’hui que des festivals avec de grandes jauges debout puissent jouer cet été est quand même très hypothétique et tellement faible qu’on a préféré annuler le festival pour consacrer notre énergie à essayer de combler le manque à gagner que va générer l’annulation de Solidays.

Pourquoi ne pas avoir attendu la décision la semaine prochaine de la ministre de la Culture sur les festivals d’été ? L’urgence, Luc Barruet, est telle que vous êtes à une semaine près ?

Ce n’est pas qu’on est à une semaine près, c’est qu’on sait que ce qui sera annoncé la semaine prochaine aura très peu d’influence, voire aucune influence, sur la tenue ou pas de Solidays. Attendre une semaine de plus, ça ne rime pas à grand-chose. On est plutôt pragmatique à Solidarité Sida et notre logique est la suivante : une semaine de gagnée dans le fait d’aller rechercher des fonds qui vont nous manquer nous semble prioritaire, plutôt que d’attendre encore une semaine des informations qui, nous en sommes certains, ne nous satisferont pas. Quand on organise Solidays, on a une responsabilité qui est encore plus grande que celle d’accueillir de nombreux festivaliers et de promouvoir la solidarité.

“On a la responsabilité de pouvoir aider des centaines et des centaines de malades à travers le monde, que ce soit aux Philippines, au Burkina Faso, à Montreuil, à Marseille. Cette responsabilité est tellement importante qu’on ne peut pas se permettre de dire on a essayé, mais on n’a pas réussi.”

à franceinfo

Est-ce que Solidays et donc Solidarité Sida sont aujourd’hui en danger ?

Bien sûr. Quand on décide d’annuler un festival aussi important que ça, l’avenir s’inscrit en pointillés. L’année dernière on a bénéficié d’une chaîne de solidarité exceptionnelle qui est passée par les ministères, par la région Île-de-France, par la mairie de Paris, par les entreprises privées partenaires du festival et par les nombreux acheteurs de billets, puisqu’on avait déjà vendu 70% des billets quand on a annulé. Cette année, les billetteries n’ont pas été ouvertes et ça ne sera donc pas possible pour nos supporters de faire don de leurs billets comme l’année dernière. Cette année, comme le festival n’a pas été réellement lancé, ce sera également plus facile pour certains partenaires de dire qu’ils ne pourront pas faire le même effort. C’est une réalité et cette réalité, aujourd’hui, est encore plus difficile que l’an passé, donc on se doit de réagir. On en a conscience et on prend les devants pour essayer de développer de nouvelles solutions.

Alors, on le sait, les festivals et même les salles de concert tentent de se réinventer. Quelles peuvent être les solutions pour Solidays et Solidarité Sida ?

Réinventer, c’est le bon mot parce qu’on ne pourra pas refaire un Solidays autrement. En revanche, on peut essayer de fêter la solidarité et la jeunesse en musique autrement et de faire en sorte d’élargir le champ des possibles dans des actions de solidarité par rapport à Solidarité Sida. On travaille sur un projet télé et sur une grande campagne de mobilisation en digital. On va essayer de faire du rendez-vous Solidays une chaîne de solidarité exceptionnelle et une chaîne d’implications parce que le projet c’est de trouver 3 millions et demi d’euros d’ici la fin juin. C’est le bénéfice du festival ces dernières années. Il va falloir qu’on soit créatif. On va essayer de développer des dynamiques qui se veulent participatives, enthousiastes et qui donnent envie aux gens de s’y associer.

Qu’attendez-vous des annonces à venir concernant la culture ?

D’abord, je souhaite vraiment que d’autres festivals puissent se tenir cet été. Maintenant, je doute que ça soit des grands festivals en grande jauge. Il y en a dont le modèle permet une adaptabilité plus grande, qui peuvent s’organiser en deux mois, vendre des billets rapidement. Dans ce sens, tout le monde partage l’avis de la ministre de la Culture de ne pas faire une saison blanche encore en 2021. Mais ce qui est clair, c’est que pour y arriver, il faut que des décisions soient prises au gouvernement. Il faut trancher parce qu’organiser un festival ça prend du temps. Il faut que le debout soit tranché, c’est oui ou non la semaine prochaine. Les grandes jauges ? C’est oui ou non la semaine prochaine. Il faut que les éléments sur lesquels reposera le protocole sanitaire qui sera proposé tiennent bien compte des spécificités des festivals.

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