Les livres sont-ils des produits de « première nécessité » ?

  • Interrogé jeudi matin sur France Inter, Bruno Le Maire avait évoqué l’hypothèse d’une réouverture des librairies pour répondre à la concurrence d’Amazon.
  • Les conditions d’une réouverture des librairies, fermées depuis dimanche, ne sont pas encore réunies, a estimé le Syndicat de la librairie française.
  • Les livres sont-ils des produits nécessaires en temps de crise du coronavirus ? La question se pose.

La première semaine de confinement s’achève et il n’est pas toujours facile de faire passer le temps. Les déplacements sont interdits sauf dans des cas très précis (pour se rendre au travail si le télétravail est impossible, pour aller faire ses courses, pour aller voir le médecin et pour se dégourdir les jambes). Cela, à condition d’être muni d’une attestation. Seuls les achats de « première nécessité » sont autorisés.

La bouffe, c’est bien, mais quand on n’a rien à faire et que Netflix annonce jeudi qu’elle va
réduire les débits sur tous ses flux en Europe pour alléger la pression sur Internet, on se demande si compter nos doigts sera suffisant pour nous occuper pendant les semaines qui arrivent. Dans ce contexte de confinement pour éviter la propagation du
coronavirus, les livres (romans, bandes dessinées, essais…) pourraient bien s’avérer nécessaires à notre survie.

Une question de survie ?

« En tant qu’amoureux des livres et libraire depuis vingt ans, je considère que la lecture est une activité essentielle », souligne le président du Syndicat de la librairie française Xavier Moni qui cogère la librairie parisienne Comme un roman. Il estime toutefois que les conditions d’une réouverture des librairies, fermées depuis dimanche, ne sont pas réunies pour assurer la sécurité des équipes et du public. « La première nécessité est de faire face à une crise sanitaire d’une ampleur inédite », a-t-il poursuivi.

Le livre est un voyage intellectuel, une fenêtre ouverte sur le monde. « A cet égard, il constitue une connexion avec l’extérieur et suscite notre imaginaire », admet Robert Zuili, psychologue clinicien spécialiste des émotions. De là à imaginer un confiné suffoquer devant les étagères vides de sa bibliothèque, il ne faut pas exagérer… La première nécessité doit répondre à des besoins liés à la survie.

« Cela voudrait dire que le livre deviendrait aussi important que nos besoins primaires. De ce point de vue, je ne le crois pas, car ce n’est pas vrai pour tout le monde », insiste Robert Zuili. On a tous besoin de manger, de dormir, mais (malheureusement) on n’a pas tous besoin de lire. D’autant qu’en temps de crise, la lecture n’est pas toujours pertinente. « Certains lecteurs sont tellement anxieux qu’ils n’arrivent pas à lire, poursuit-il. La pensée est galopante et la lecture ne suffit pas ».

Un symbole de liberté

Selon le spécialiste des émotions, chacun de nous privilégie un rapport à la réalité différent : une approche par le réel (l’anxieux), par l’imaginaire et par le symbolique. « Ceux qui sont dans l’imaginaire trouveront dans le livre une échappatoire qui peut être apaisante, reprend-il. Pour ceux qui sont dans la dimension symbolique, le livre devient un symbole de liberté, de relation ». Et il lui permettra d’oublier les contraintes du confinement. Le livre ne répond pas aux besoins de tous de la même façon. Mais ceux qui y trouvent du réconfort devront faire avec ce qu’ils trouvent dans leurs tiroirs jusqu’à la réouverture des librairies.

« J’ai envie de dire : “relisez les livres que vous avez à portée de main”, conseille le libraire Xavier Moni. Ce n’est d’ailleurs pas inintéressant d’un point de vue émotionnel pour créer un sentiment de nostalgie. « Relire un livre peut faire ressusciter des bons moments, faire revivre des choses qui sont associées à des souvenirs agréables », pointe Robert Zuili. Et si cela n’est pas suffisant, on peut toujours trouver des tas de choses en lignes ici ou
là. Encore faut-il accepter de perdre le rapport sensoriel à cet objet…

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