"Je ne suis pas là pour convaincre les sceptiques" : rencontre avec des chasseuses de fantômes

Du culte L’Exorciste au récent succès de Netflix The Haunting of Hill House et The Haunting of Bly Manor, le paranormal est une intarissable source de divertissement. Mais quand on consacre sa vie aux recherches sur les esprits, sur les phénomènes de hantise, ces productions peuvent paraître un peu exagérées, voire très à côté de la plaque : “Je regarde les Insidious, les Conjuring parce que j’aime bien les films d’horreur, mais j’éteins la chasseuse de fantômes en moi, parce que ça m’énerve, explique Vonette, tatoueuse le jour et chasseuse de fantômes la nuit. C’est ce genre de films qui fait qu’on n’est pas prises au sérieux.”

Vanessa, créatrice de la chaîne Youtube ParanormaLife, et intervenante dans l’émission Enquêtes Paranormales sur C8, fait le même constat : “Les gens qui regardent ces programmes cherchent avant tout le grand frisson sans se demander si les phénomènes sont plausibles, affirme-t-elle. C’est là que des personnes comme moi vont devoir redoubler d’efforts pour rétablir la vérité, car 80% des choses vues dans les films et séries d’horreur sont hyper sensationnelles et fausses.”

Aussi divertissants et populaires soient-ils, ces films influencent notre manière d’envisager le paranormal et formatent la représentation des fantômes et des lieux hantés, continuellement montrés comme des menaces. Pourtant, selon ces “chasseuses”, la réalité est toute autre. En France, elles sont une poignée de femmes à avoir investi le milieu et à en avoir fait leur activité principale. 

Un métier presque comme les autres

“J’observe et j’étudie les phénomènes de hantises et de mémoires dans des lieux présumés hantés”, résume Vanessa pour expliquer en quoi consiste son métier. “J’essaie de trouver une explication naturelle aux phénomènes, s’il n’y en a pas, je peux alors dire que ces phénomènes sont paranormaux puisque non explicables par la science de notre époque.”

Par phénomènes paranormaux, on désigne un grand nombre de manifestations allant du spiritisme aux apparitions. La parapsychologie est l’étude de ces phénomènes.

Je regarde les Insidious, les Conjuring parce que j’aime bien les films d’horreur, mais j’éteins la chasseuse de fantômes en moi, parce que ça m’énerve.

Vanessa collabore régulièrement avec Vonette, qui a initié il y a cinq ans La Nuit du chasseur, un collectif d’enquêtrices dont les escapades sont aussi sur Youtube. “En amont d’une enquête, ce sont des jours de recherches pour trouver des lieux, connaître leur histoire”, énumère Vonette. “Et il y a aussi beaucoup de préparation technique, entre le matériel de tournage et celui pour le paranormal.” Leurs enquêtes durent une nuit ou deux. “Ça peut s’apparenter à de la traque, à de la chasse, reconnaît-elle, mais sans la finalité, car on ne capture rien, à part des preuves.”

Après une expérience de poltergeist (des bruits ou des déplacements d’objets inexpliqués) en 2013, Sandy Lakdar s’est lancée dans la production d’une série documentaire, The Believers, pour montrer ses recherches. La quatrième saison est actuellement en préparation.

Un regain d’intérêt pour le paranormal

Elle vient aussi d’ouvrir sa propre boutique d’objets dédiés au paranormal : “Il y a une vraie demande, les gens ont besoin de parler, parce que tout le monde a, à un moment donné de sa vie, vécu ou connaît quelqu’un qui a vécu une expérience.”

En 2019, une étude a montré que 32% des Français.es croient aux fantômes et que 24% estiment avoir déjà vécu une expérience paranormale.

“Cela veut dire que c’est un phénomène massif d’un point de vue social, mais de l’autre côté, seulement 1% des universités au monde ont dans leur équipe un chercheur qui s’intéresse officiellement à ces questions dans une approche scientifique” déplore Renaud Evrard, psychologue clinicien et spécialiste en parapsychologie.

“Au fil des siècles en Occident, une division s’est opérée entre une approche officielle de ces sujets, un peu rejetante, réductionniste, et une approche ouverte à des hypothèses, qui pouvait bouleverser un peu nos connaissances”, explique le scientifique. “La controverse a eu pour effet de marginaliser des chercheurs ou des recherches qui venaient subvertir le consensus. Il y a eu des rejets, par exemple, quand à la Révolution française, l’Académie de médecine a rejeté ceux qui pratiquaient le magnétisme animal et a décrété que ces sujets ne devaient plus être étudiés. Et ça n’a pas empêché des gens de continuer à pratiquer le magnétisme !”

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La France à la traîne

Pourtant, la France a pu être à la pointe de la recherche en parapsychologie, comme il l’a découvert dans ses travaux : “Dans les années folles, c’était vraiment en France que se passaient les recherches les plus importantes. Actuellement, le Royaume-Uni a les plus importants développements universitaires et scientifiques sur ces sujets.”

Sandy Lakdar y a aussi observé une plus grande ouverture d’esprit sur ces questions lors de ses tournages : “Pour enquêter en France, c’est compliqué, confirme-t-elle. Beaucoup de lieux ne s’ouvrent pas, mais dès qu’on traverse la Manche, c’est dans les mœurs, c’est dans la culture, il n’y a aucun tabou par rapport à ça.”

Le paranormal en France, c’est encore un petit milieu, largement investi par les hommes.

Délaissés par les scientifiques, les phénomènes paranormaux sont donc étudiés par des amateur.es passionné.es, non pas en quête de frissons, mais bien à la recherche d’éléments pour saisir l’invisible, comprendre l’inexpliqué. L’engouement se développe petit-à-petit, facilité par la possibilité de créer ses propres contenus et de visibiliser ses expéditions en ligne.

“Ça commence à se démocratiser, mais il y a dix ans, il était très compliqué de trouver des gens avec la même activité, la même passion, il y avait peu de forums sur la thématique et aucun événement”, affirme Vanessa. “Cela fait partie des raisons pour lesquelles j’ai développé les événements Ghost Hunt il y a six ans, pour permettre aux gens de se rassembler.”

Reste d’autres points de résistances, comme l’explique Vonette : “Le paranormal en France, c’est encore un petit milieu, largement investi par les hommes, et quand je dis hommes, je pense hommes blancs, hétérosexuels, cisgenres. Il y a très peu de diversité et ça a du mal à bouger.”

Pas prises au sérieux

Croire aux fantômes, c’est une chose, en faire son activité, y consacrer tout son temps, toute son énergie, toute sa vie, c’en est une autre. Et cela signifie aussi être confrontée aux remarques pas toujours bienveillantes de celles et ceux pour qui tout cela n’est pas très sérieux.

“Les sceptiques, ou ceux qui vont carrément dénigrer mon travail, je ne suis pas là pour les convaincre, je m’en fous”, rétorque Vonette. “Ma quête, je la partage avec le monde car je pense qu’elle est importante. Ce que je veux, c’est des réponses à mes questions, sur la vie et la mort, et c’est mon travail qui va me les apporter, pas ces gens.”

De son côté, Sandy Lakdar espère réussir à amener les esprits étriqués à se questionner. “C’est mon fer de lance”, assure-t-elle. “De façon très utopique, j’ai décidé de monter sur mon cheval blanc pour changer les mentalités, de faire tout ce que je pouvais pour ouvrir les consciences et faire comprendre la réalité du monde invisible.”

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