Francesca Gee dénonce à son tour l'emprise pédophile de Gabriel Matzneff

Après la publication début janvier de l’ouvrage Le Consentement, dans lequel Vanessa Springora dénonçait les actes pédophiles de Gabriel Matzneff, Francesca Gee s’est exprimée à son tour sur l’emprise de l’écrivain dans les colonnes du New York Times, le mardi 31 mars.

«J’ai pris conscience que la personne dont j’étais amoureuse était malade, pathologiquement malade», confiait Vanessa Springora dans Le Consentement, un ouvrage paru le 2 janvier aux éditions Grasset. Elle y dénonçait les actes pédophiles de Gabriel Matzneff, un prédateur dont elle était tombée sous le charme à l’âge de 14 ans. Depuis, Francesca Gee s’est à son tour exprimée sur son vécu sous le joug de l’écrivain, dans les colonnes du New York Times, le mardi 31 mars. Cette ancienne journaliste de 62 ans aurait vécu une relation traumatisante avec l’auteur français durant trois ans, et ce, dès l’âge de 15 ans – il en avait 37 – relate le quotidien américain.

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Sous influence

Tout commence en 1973, à Paris. Francesca Gee affirme avoir rencontré l’écrivain par le biais de sa mère, qui l’a connu quelques années plus tôt. L’auteur est, à l’époque, souvent convié aux dîners de famille, se souvient David, le frère cadet de Francesca. Un invité de marque qui aurait rapidement conquis leur père, un journaliste britannique soucieux de se faire une place dans la société française.

“Cette image de moi me poursuit”

À l’âge de 18 ans, Francesca Gee parvient à se libérer de l’influence de l’écrivain, et se montre plus critique envers lui. «C’était le fait de grandir, en fait», estime-t-elle avec le recul. Mais, si elle parvient à mettre un terme à cette relation traumatisante, cessant tout contact avec l’auteur, elle est incapable de s’en défaire totalement. L’écrivain, qui l’avait encouragée à lui écrire «des centaines de lettres à connotation amoureuse ou sexuelle», selon le New York Times, les a en effet reprises dans certains de ses livres sans l’aval de la jeune fille – notamment dans Les Moins de seize ans, paru en 1974.

«Aujourd’hui, je considère qu’elles m’ont été extorquées et employées comme armes à mon encontre», poursuit Francesca Gee. Cette dernière est également au centre de son journal La Passion Francesca, daté des années 1974 à 1976 et paru en 1998. Sur la couverture d’Ivre de vin perdu, paru en 1981, figure par ailleurs une réplique d’un cliché de la jeune fille à l’âge de 15 ans. «Cette image de moi me poursuit, elle est comme un double malveillant», commente Francesca Gee dans les colonnes du quotidien américain.

C’est seulement à l’âge de 35 ans qu’elle le réalise : ce qu’elle a vécu n’était pas une histoire d’amour. En 1992, elle contacte Gabriel Matzneff pour qu’il arrête d’utiliser ses lettres et les lui rende. Il s’exécutera. Douze ans plus tard, Francesca Gee tente de faire paraître un manuscrit pour dénoncer la pédophilie de l’écrivain. «Il n’a cessé de se servir de moi pour justifier l’exploitation sexuelle des enfants et des adolescents», y écrit-elle notamment. Peine perdue : l’auteur est encore trop puissant. Il possède des amis dans bon nombre de maisons d’édition, et son dernier livre, L’Amante de l’Arsenal, a été publié en novembre 2019 aux éditions Gallimard. Dans son manuscrit, Francesca Gee décrivait son passé avec l’auteur comme un «cataclysme qui s’était abattu sur moi à 15 ans, et qui devait changer le cours de mon existence».

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