"En voyage à Madagascar, j’ai fait l’école à mes enfants"

Sonia et Alexandre Poussin sont de grands voyageurs. Après avoir remonté l’Afrique à pieds et eu deux enfants, ils décident de repartir à l’aventure. Pendant 4 ans, ils arpentent Madagascar en famille, et font l’école à distance.

“Avant de partir pour ce voyage, j’ai écrit au rectorat de Versailles pour les avertir que j’allais déscolariser mes enfants, et poser des questions sur la marche à suivre pour leur faire l’école à distance le temps de cette aventure. Je me suis dit, je vais montrer patte blanche : j’ai expliqué qu’on était journalistes, qu’on partait à Madagascar, que j’allais prendre le relais sur le programme scolaire… Je m’attendais à ce qu’ils me demandent des garanties éducatives, qu’ils souhaitent me rencontrer, qu’ils me donnent une liste d’examens à faire passer, de comptes à rendre… Mais rien !. Annoncer que je déscolarisais mes enfants n’était qu’une formalité pour l’Education nationale. On m’a juste dit : “c’est simple, vous partez, et deux semaines après votre arrivée, vous envoyez un courrier stipulant que vos enfants ne seront pas à l’école cette année“. J’ai trouvé ça très léger, d’autant qu’un problème supplémentaire s’ajoutait : je ne pouvais pas faire appel au Cned, parce que nous allions être en itinérance permanente, sans poste à proximité, sans internet… Mais on m’a dit que ce n’était pas grave.

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12h de marche, de la conjugaison et des tables de multiplication

Pour faire correctement l’école à mes enfants, j’avais quand même une certaine pression. J’avais peur de les mettre en retard. Mais je savais que je n’allais pas pouvoir tout faire non plus, alors j’ai choisi de leur enseigner la totalité du programme de maths et de français de chaque année scolaire. Bien sûr, on ne faisait pas 7 heures de classe par jour, mais on ne prenait pas non plus de “vacances scolaires”, on travaillait un peu tout le temps, essentiellement à l’oral. La première année, je passais mes journées à leur faire répéter leurs tables de multiplications, de la poésie, la conjugaison… Mais du côté de l’écrit, c’était plus difficile. Dans notre charrette, on avait improvisé deux mini bureaux, ils étaient assis sur des bidons d’eau, mais ça restait rudimentaire ! Et puis petit à petit, je me suis rendue compte que j’étais un peu dure avec eux, et qu’on n’avait pas besoin de se répéter les cours toute la journée. D’autant qu’on se levait aux aurores et qu’on marchait parfois jusqu’à 12 heures par jour.

Alors, à chaque fois qu’on s’arrêtait deux jours à un endroit, qu’on était un peu plus tranquille, je leur faisais l’école de façon intensive. Et le reste du temps, c’était une heure par jour. On a du faire l’impasse sur certaines choses, comme l’histoire ou l’anglais par exemple. Mais d’autres éléments liés au voyage venaient compenser : en sciences de la nature, ils sont incollables ! Les plantes, la reproduction, les animaux… Plus rien n’a de secret pour eux. En géographie aussi, ils sont calés. En écologie, ce sont des champions. Et le voyage, les rencontres leur ont appris beaucoup de choses sur les questions géopolitiques. Sans parler de leur aptitude à dialoguer avec n’importe qui, ou encore de s’exprimer en public. Avec ce qu’ils ont vu, dont des situations de pauvreté parfois extrêmes, ils ont eu accès à un autre type d’école, qui enseigne l’humanité et la réalité d’un monde qu’on ne leur montre pas à la télé… Par ailleurs, notre voyage leur a aussi beaucoup appris en matière de solidarité. Nous avons collaboré avec beaucoup d’associations et soulevé 400 000 euros d’aides au fil de l’aventure. 

De la vie sauvage, à la vie scolaire

Toutes les situations vécues nous ont permis d’avoir des discussions importantes avec nos deux enfants. Et ont fait naître bon nombre de questions, surtout chez mon fils, du genre très curieux ! A un moment donné, mon mari m’a quand même dit “j’arrive à la limite de mes connaissances“, tant ses interrogations devenaient techniques ! Pour évaluer leur niveau, quand on arrivait dans une grande ville, je les mettais à l’école française quelques jours. A chaque fois, je prenais rendez-vous avec la maîtresse pour savoir s’ils étaient dans les clous. La réponse était toujours oui, alors j’ai continué à faire comme ça ! Ces parenthèses étaient importantes pour eux, parce que le plus difficile a été de les séparer de leurs copains, de la vie de l’école. Quand on est en mouvement, la socialisation ne se fait pas de la même manière. 

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Et puis il y a eu le retour, après ces 4 années de vie sauvage. Je dois avouer que mes enfants étaient devenus des petits Mowgli, à force ! Ils ont vécu sans chaussures, comme les enfants malgaches, tout ce temps… Il a fallu leur rappeler qu’il y avait des règles dans la société, des lois, les remettre d’aplomb ! Mon fils n’a eu aucun mal à reprendre l’école, il a tout de suite été premier de la classe. Pour ma fille, ça a été un peu plus dur. Elle est dyslexique et devait rentrer directement en troisième. J’ai demandé à ce qu’elle fasse une quatrième d’abord, et ça a été une étape compliquée, mais elle a rattrapé et ça va mieux maintenant. Certes, ils sont passés d’un extrême à l’autre, ont assisté à des choses difficiles pour leur âge, ont vécu en marge de leur camarades pendant ces quelques années… Mais ça a donné des enfants qui ont confiance en eux et qui ont su retrouver leur place au retour.”

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