En 2021, les Françaises restent les Européennes les moins satisfaites sexuellement

L’Ifop publie vendredi 3 septembre un panorama européen de la sexualité féminine. Ses résultats placent à nouveau l’Hexagone à la dernière place en terme d’épanouissement sexuel.

Triste constat pour les Françaises. À l’échelle européenne, ce sont elles qui se déclarent les moins satisfaites sexuellement, nous apprend la dernière enquête Ifop «Panorama de la sexualité des Européennes», menée en partenariat avec la plateforme de contenus pour adulte Pokmi, et diffusée ce vendredi 2 septembre. Plus précisément, 35 % des Françaises se disent insatisfaites, contre 23 % des Allemandes, 30 % des Italiennes et 28 % des Espagnoles.

Inactivité sexuelle

Le premier volet de cet observatoire se penche sur l’activité, l’épanouissement, le bien-être et le répertoire sexuels des Européennes. Réalisée à partir d’un échantillon de 5025 femmes (1) en Italie, France, Espagne, Allemagne, et Royaume-Uni, l’étude montre ainsi comment l’Hexagone continue de creuser l’écart avec ses voisins en enregistrant une hausse de l’insatisfaction sexuelle de 4 points entre 2016 et 2021, versus une hausse moyenne de 1 point dans les 5 pays étudiés (28%).

Cette chute du plaisir s’accompagne également d’une baisse de la fréquence des rapports sexuels. Alors que 37% des Européennes déclarent ne pas avoir eu de partenaire sexuel au cours du dernier mois ayant précédé l’enquête, la France et le Royaume-Uni comptent le plus de femmes sexuellement inactives (respectivement 41% et 47%). Là encore, l’Hexagone décroche la première place en terme de progression, avec une hausse de 10 points par rapport à 2016.

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Attractivité en berne et charge mentale

Comment expliquer ce désamour pour la chair ? Les raisons sont multiples et communes entre les pays sondés. Le partenaire, pour commencer, joue un rôle notable dans ce mal-être féminin. Parmi les Européennes les plus insatisfaites, 38% jugent le leur moins beau qu’avant et 56% estiment que leur conjoint n’est pas assez attentif à leur plaisir. Ces chiffres s’élèvent à 51% et 64% chez les Françaises. La mésestime de soi joue également sur l’épanouissement sexuel. Au total, 45% des Européennes insatisfaites ne se jugent «pas jolies», la proportion en France est de 47%.

Le bien-être sexuel ne relève pas seulement de l’individu mais aussi de l’équilibre dans la relation de couple, notamment lors de la répartition des tâches ménagères. Ce sentiment d’inégalité entraîne ainsi plus de mal-être sexuel, comme en témoigne 20% des situations européennes et 22% de celles des Françaises.

Un stress au travail majoritaire en France

Toutefois, le directeur du pôle «Genre, sexualités et santé sexuelle» François Kraus, remarque des effets plus spécifiques à la France, en particulier en lien avec l’impact du travail. «L’Hexagone est l’un des pays où le taux d’activité professionnelle des femmes est le plus élevé, ce qui peut engendrer du stress et ainsi empiéter sur la vie privée, nous explique-t-il. Notre pays fait aussi partie des plus gros consommateurs d’antidépresseurs, connus pour altérer la libido et/ou l’épanouissement sexuel.»

Sur le plan sexuel, François Kraus note également une forme d’injonction à la performance très présente en France. «Il y a cette idée reçue d’une sexualité décomplexée à la Française mais dans les faits, ce cliché induit pour les principales concernées des pratiques sexuelles loin d’être épanouissantes», ajoute le directeur des études. Pour preuve, la désaffection pour les jeux sexuels, dont le seul intérêt serait de marquer une forme de soumission symbolique au partenaire masculin.

Un effet Covid-19 ?

Par ailleurs, il est important de noter que cette enquête a été effectuée dans une période complexe, en pleine pandémie, plus précisément en mars 2021 où la France était sujette aux couvre-feux et confinements. «Cette épreuve difficile et les restrictions sanitaires type distanciation sociale se sont traduites aussi dans l’intimité des Français, rapporte François Kraus. De précédentes études font état d’une baisse de l’activité sexuelle, deux fois plus élevée qu’à l’accoutumée, affectant les célibataires mais aussi les couples confinés sous le même toit.»

Pour autant, le directeur des études invite à la prudence quant à un effet «Covid» sur la sexualité. «Plusieurs études aux États-Unis et au Royaume-Uni montraient déjà cette tendance à la baisse chez les jeunes adultes avant la crise sanitaire, nuance-t-il. Il faudra donc attendre de prochains travaux pour savoir si le phénomène est dû au contexte sanitaire ou si les causes sont à chercher ailleurs ; par exemple du côté du temps passé devant les écrans.»

(1) Étude Ifop pour The Poken Company réalisée par questionnaire auto-administré du 1 au 5 mars 2021 auprès d’un échantillon national de 5 026 femmes, représentatif de la population féminine âgée de 18 ans et plus vivant dans les pays suivants : France, Italie, Espagne, Allemagne et Royaume-Uni.

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