Covid-19 : les médicaments déconseillés en période d'épidémie et ceux à privilégier

Une nouvelle étude danoise a observé la corrélation entre les anti-inflammatoires non stéroïdiens et les formes aigües de coronavirus. Selon leurs résultats, la prise de ces médicaments n’aggraverait pas la maladie, mais leur utilisation reste déconseillée. Quels médicaments peut-on encore prendre durant cette pandémie pour soigner ses petits maux du quotidien ? On fait le point

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Si l’automédication peut être dangereuse en règle général, elle l’est d’autant plus en cas de coronavirus. En effet, si une personne présente de la fièvre, de la toux ou rencontre des difficultés à respirer, mieux vaut faire l’impasse sur certains médicaments. “La prise d’anti-inflammatoires (ibuprofène, cortisone, …) pourrait être un facteur d’aggravation de l’infection. Si vous êtes déjà sous anti-inflammatoires ou en cas de doute, demandez conseil à votre médecin”, a mis en garde le ministre de la Santé, Olivier Véran sur son compte Twitter, le 14 mars dernier.

Cependant, une récente étude danoise a observé les effets des anti-inflammatoires non stéroïdiens sur des patients touchés par la Covid-19. La recherche a été publiée dans la revue médicale Plos Medecine. Pour les besoins de l’étude, les scientifiques ont divisé les malades en deux groupes : les consommateurs d’anti-inflammatoires et les non-utilisateurs.

Résultats : les risques d’être hospitalisé, placé en soins intensifs ou de décès ont été similaires dans les deux groupes. Malgré leurs conclusions encourageantes, les chercheurs déconseillent, par mesure de prévention, l’utilisation d’anti-inflammatoires non stéroïdiens en cas d’infection à la Covid-19.

Que faut-il donc faire en cas de maux de tête, fièvre, migraine, toux, gastro-entérite ou encore de règles douloureuses ? Quels médicaments est-il encore possible de prendre en cette période coronavirus ? Pour éviter les accidents en cas d’automédication, la Société française de Pharmacologie et Thérapeutique a mis en ligne un site d’informations grand public sur les traitements. Elle a recensé les questions les plus fréquentes concernant les médicaments et leur usage dans le cadre de l’épidémie afin d’y répondre de manière précise et concise.

Covid-19 : quels médicaments prendre en cas de fièvre ?

Les spécialistes du médicament de la Société française de Pharmacologie et Thérapeutique rappellent que la fièvre est un mécanisme de défense en cas d’infection. “Si elle n’est pas inconfortable, et/ou peu élevée (moins de 39°C), on peut ne pas prendre d’antipyrétique”. Si la prise d’un médicament est nécessaire pour faire baisser la température, il est déconseillé de prendre des anti-inflammatoires dans le cadre de l’épidémie de coronavirus car ils peuvent masquer une infection et potentiellement avoir un effet aggravant pour certains cas.

Le seul médicament conseillé est le paracétamol (le Dafalgan, le Doliprane, l’Efferalgan). “Le paracétamol est un médicament qui agit contre les douleurs et contre la fièvre. Il est disponible sans ordonnance dans les pharmacies, et peut être utilisé chez l’adulte comme chez l’enfant. Il est sûr et efficace, à condition d’être utilisé à la bonne dose et dans les bonnes conditions. Un surdosage en paracétamol peut entraîner des lésions graves et irréversibles du foie, potentiellement fatales“, souligne le site d’informations de la Société française de Pharmacologie et Thérapeutique.

Les spécialistes du médicament indiquent sur le site que “chez les adultes et les enfants à partir de 50 kg, la dose est 500 mg à 1000 mg par prise, espacées au minimum de 6 heures, et sans dépasser 3000 mg par jour. Chez les enfants, la dose est fonction du poids et de l’âge, elle est de l’ordre de 60 mg/kg/jour, à répartir en 4 prises, espacées au minimum de 6 heures, soit environ 15 mg/kg toutes les 6 heures”. Autre précision apportée par les experts : l’absence d’effet suffisant ne doit pas justifier l’augmentation des doses, ni le rapprochement des prises.

Si une personne est allergique au paracétamol et présente de la fièvre, il est conseillé de s’aérer, de se découvrir ou de se rafraîchir, pour faire diminuer la température corporelle.

Que faire en cas de toux en cette période de coronavirus ?

En ce qui concerne la prise en charge de la toux, les sirops antitussifs ne sont pas indiqués pour les patients atteints d’une maladie respiratoire (asthme, bronchite chronique…). Même consigne pour les personnes ayant une toux productive, c’est-à-dire une toux qui s’accompagne de crachats. “Il faut respecter cette toux, qui favorise le drainage des bronches”, précisent les spécialistes sur le dispositif.

S’il s’agit d’une toux non productive et gênante, un médecin peut prescrire un sirop antitussif. “Pour ces médicaments, et pour tous les antitussifs d’une manière générale, le traitement doit être court (quelques jours), limité aux horaires où survient la toux, et il convient de respecter les doses prescrites par le médecin. En effet, dépasser la dose prescrite vous expose à un risque de toxicité et n’augmente en aucun cas l’efficacité du traitement”, explique le dispositif de la Société française de Pharmacologie et Thérapeutique.

Si la toux persiste malgré un traitement bien conduit, la Société française de Pharmacologie et Thérapeutique conseille de consulter de nouveau un médecin.

Gel hydroalcoolique : peut-on l’utiliser durant la grossesse ?

Se laver les mains est l’un des gestes barrières à respecter et à appliquer au quotidien, en ces temps de coronavirus. Si le lavage des mains au savon n’est pas possible, il est faisable de le faire avec une solution hydroalcoolique. Mais leur usage régulier est-il dangereux ? “La sécurité d’emploi de ces produits n’a pas été évaluée spécifiquement chez la femme enceinte, mais suite à l’épidémie H1N1 en 2011, l’analyse des études disponibles sur l’absorption cutanée et/ou par inhalation de l’éthanol contenu dans les produits hydroalcooliques, dans des conditions “intensives” d’utilisation, montrent que sur des populations de professionnels, l’éthanolémie induite par l’exposition aux produits hydroalcooliques est extrêmement faible, voire quasi nulle”, détaille le dispositif.

La société française d’hygiène hospitalière considère aussi que le risque lié au passage d’alcool est négligeable et autorise le recours aux gels hydroalcooliques pendant la grossesse, sur des mains sèches et recommande de frictionner jusqu’à évaporation totale du produit.

Les enfants peuvent aussi utiliser les gels hydroalcooliques de façon répétée. Cependant, il faut éviter que l’enfant porte ses mains à la bouche après son usage et il doit se laver les mains au savon dès que possible. Autre indication du site d’informations : éviter de laisser les solutions hydrolacooliques à portée des enfants en bas âge que ce soit pour éviter tout risque d’ingestion ou de projection dans les yeux.

La vaccination est-elle contre-indiquée durant la pandémie de coronavirus ?

“Non, la vaccination n’est pas contre-indiquée en cette période épidémique. Actuellement, les programmes de vaccination des enfants se poursuivent sans modification du calendrier vaccinal pour les vaccinations obligatoires. L’épidémie de coronavirus ne doit pas entraver la prise en charge normale des enfants. Les dommages collatéraux potentiellement induits par l’absence de vaccination risqueraient d’être plus préjudiciables que le COVID-19 lui même, les autres maladies infectieuses ne s’arrêtant pas pendant cette période”, indiquent les spécialistes du médicament. Cependant, pour éviter de surcharger les cabinets médicaux et de limiter les déplacements, il est possible de reporter les vaccinations. Pour cela, contactez votre médecin traitant afin d’en discuter avec lui.

Malgré l’épidémie de coronavirus et le confinement, les pédiatres appellent les parents à ne pas reporter ou décaler la vaccination des enfants de moins de deux ans contre des maladies potentiellement graves, telles que la rougeole, la coqueluche ou la méningite. Le vaccin ne peut pas attendre selon le Dr Mariam-Natacha Haidara, pédiatre exerçant à Paris. Elle explique que “si la couverture vaccinale n’est pas assurée dans sa continuité”, cela pourrait entraîner “dans les mois à venir, à la recrudescence de maladies bien contrôlées jusqu’ici sur le territoire”.

Coronavirus : faut-il prendre de l’hydroxychloroquine ?

L’hydroxychloroquine, dérivé de la chloroquine, est utilisé pour traiter certaines maladies auto-immunes telles que le lupus ou la polyarthrite rhumatoïde. L’hydroxychloroquine et la chloroquine sont dits “à marge thérapeutique étroite”, ce qui signifie que la dose efficace et la dose toxique sont relativement proches. “Il est donc essentiel de bien respecter les modalités d’utilisation de ces médicaments pour éviter l’apparition d’effets indésirables graves, notamment cardiovasculaires. En aucun cas, il ne faut prendre ces médicaments sans prescription médicale”, soulignent les experts du médicament.

Des études sur la pertinence et l’efficacité de l’hydroxychloroquine face au Covid-19 ont été menées en France. Des résultats préliminaires obtenus chez 20 patients infectés par le SARS-CoV-2 semblent indiquer que l’hydroxychloroquine permet de diminuer la proportion de patients porteurs du virus après 6 jours de traitement. “Deux autres études chinoises présentent des résultats contradictoires : l’une montre une amélioration sous hydroxychloroquine, l’autre non. Toutefois, ces résultats ne suffisent pas à affirmer que la chloroquine ou l’hydroxychloroquine sont efficaces pour traiter l’infection par coronavirus, réduire les complications respiratoires”, explique le site d’informations.

Pour l’heure, le Haut conseil de la santé publique (HCSP) a recommandé de ne pas utiliser l’hydroxychloroquine, à l’exception des formes graves hospitalières, sur décision collégiale des médecins et sous surveillance médicale stricte.

Peut-on avoir recours aux huiles essentielles en cette période de coronavirus ?

Les huiles essentielles sont des formes concentrées. Elles doivent donc être utilisées avec précaution car elles sont contre-indiquées pour les femmes enceintes et allaitantes, les enfants de moins de 7 ans, les épileptiques, les asthmatiques, les allergiques. Le 10 avril dernier, l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) a averti sur l’utilisation des huiles essentielles pendant cette période de crise sanitaire. Certaines plantes anti-inflammatoires comme la racine de réglisse, la reine des prés, le bouillon blanc ou le curcuma sont “susceptibles de perturber les défenses naturelles de l’organisme utiles pour lutter contre les infections, et en particulier contre le Covid-19“, a prévenu ‘organisation.

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