Marie Laforêt : l'itinéraire d'une femme blessée

PORTRAIT DE FEMME – Vendredi 20 mars, une intégrale des chansons préparée et supervisée par Marie Laforêt avant son décès sera disponible dans les bacs et en digitale. L’occasion de revenir sur le parcours d’une artiste bouleversée et bouleversante.

En juin 2018, Marie Laforêt contactait Universal Music afin de réaliser une intégrale*. Un vaste chantier sonore s’est alors mis en place avec la numérisation, le nettoyage et le mastering des bandes originales. Ce travail a permis de mixer, pour la première fois, un grand nombre de ses chansons en stéréo, mais aussi de découvrir beaucoup de titres inédits à ce jour.

Marie Laforêt a choisi la présentation, les photos, les chansons, le graphisme et le contenu de cette intégrale et a, par ailleurs, écrit le texte du livre qui l’accompagne commençant par : “Je vous confie ma vie de chanteuse. Prenez-en soin. Elle fut faite avec un cœur simple et honnête.” Ce commentaire sur sa vie de chanteuse constitue les derniers mots écrits par Marie, peu de temps avant de nous quitter, le 2 novembre 2019, à l’âge de 80 ans. Mais si l’artiste aura offert de grands tubes aux Français, on retiendra aussi son vibrant et douloureux témoignage sur le viol qu’elle a subi à l’âge de trois ans.

En janvier 1998, celle que l’on surnommait la « Fille aux yeux d’or » révélait publiquement, dans un long entretien accordé à Paris-Match, avoir été violée par l’un de ses voisins, à la fin de la guerre. Ne plus se taire pour avertir et raconter le long combat de l’enfant face à la culpabilité. « J’ai revécu la scène d’un coup », confie-t-elle, dans les colonnes du magazine. Le nom de son agresseur, son visage, son costume… : tout lui revient à l’esprit. Elle précise qu’elle a été violée à plusieurs reprises par un homme, « sûrement mort maintenant », à Cahors, à la fin de la guerre.

Son père était alors prisonnier et sa mère devait s’absenter de la maison pour travailler comme infirmière. Après avoir longtemps été censuré, ce souvenir lui est revenu brutalement. Une amnésie traumatique, en langage psychanalytique. « Ça a provoqué en moi une crise de larmes qui a duré trois jours et trois nuits. Ensuite, je n’ai pas pu en parler pendant à peu près six mois », poursuit Marie Laforêt, alors âgée de 58 ans. La femme blessée précise n’avoir réussi que « bribes par bribes à extérioriser toutes ces images pénibles, jusqu’à les sortir (d’elle-même ) », et estime que ce traumatisme enfoui a influé sur toute sa vie. « Sans ce viol, souligne-t-elle, je n’aurais pas fait un métier public qui allait à l’encontre de ma timidité naturelle. J’ai choisi un métier exutoire. » Elle a joué dans 35 films et vendu plus de 35 millions d’albums au long d’une existence bien peu rectiligne.

Un temps tentée par le couvent, la jeune Maïtena Doumenach de son vrai nom, suit de brillantes études au lycée Jean-de-La Fontaine, à Paris. De plus en plus attirée par les arts dramatiques, la jeune femme s’inscrit au prestigieux concours « Naissance d’une étoile », organisé par Europe 1 en 1959. Le réalisateur Louis Malle la repère, et lui offre un rôle dans son film Liberté, qui ne verra finalement jamais le jour. C’est dans Plein soleil, de René Clément, que Marie Laforêt, âgée de 20 ans, fait son apparition au cinéma aux côtés d’Alain Delon. Elle crève l’écran. Dès lors, elle sera dirigée par les plus grands : de Georges Lautner, à Édouard Molinaro, en passant par Claude Chabrol, henri Verneuil, Deville, ou Mocky… En 1963, on découvre que « La fille aux yeux d’or », titre de l’un de ses films qui lui donnera ce surnom, a aussi une voix. Là encore, dès la sortie de son premier 45 tours Les vendanges de l’amour, en 1963, le succès est immédiat et elle enchainera les tubes. Pourtant, Marie Laforêt se tient à l’écart du show business, portant un regard ironique et léger sur une carrière qu’elle définit réalisée de « bric et de broc ».

Côté vie privée, l’artiste a été mariée cinq fois. Elle a eu trois enfants : deux avec Judas Azuelos, homme d’affaires d’origine marocaine juive, puis un avec Alain Kahn-Sriber, homme d’affaires et collectionneur d’art. Sa fille, Lisa Azuelos, réalisatrice du film LOL, avec Sophie Marceau, n’a jamais caché les difficiles relations avec sa mère ; laquelle, de son côté, admettait volontiers avoir été trop absente avec ses enfants. Placés en pension dès leur plus jeune âge, Lisa, Debora et leur frère en ont longtemps voulu à leur mère. Rancœur pardonnée le jour où l’artiste a révélé avoir été violée à l’âge de 3 ans. Debora Kahn-Sriber a mesuré cet immense traumatisme et ses conséquences sur le rapport affectif entre eux et leur mère en confiant : « On a fini par comprendre pourquoi elle ne supportait d’être en contact avec un enfant de cet âge-là. Comment vivre pendant si longtemps avec le souvenir de ce viol, caché en soi ?» Marie Laforêt la fait.

*L’intégrale Marie Laforêt comprend 18 CD, 377 titres dont 132 proposés en CD pour la première fois. Un livre souple de 48 pages avec un texte écrit par Marie Laforêt quelques semaines avant sa disparition, et de nombreuses photos exclusives. Retrouvez tous ses grands succès : Les vendanges de l’amour, Cadeau, Viens sur la montagne, Maine Montparnasse, Katy Cruelle, Frantz, Manchester et Liverpool, Viens viens, Il a neigé sur Yesterday, Mon amour mon ami, Ivan Boris et moi, Mes bouquets d’asphodèles…

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