Isabelle Huppert : "Il y a mille façons de mentir"

Dans La Daronne de Jean-Paul Salomé, la plus aventurière des actrices françaises revêt le costume haut en couleur du personnage imaginé par la romancière Hannelore Cayre : une héroïne au-dessus de tout soupçon nommée Patience. Rencontre.

Dirigée par Jean-Paul Salomé dans La Daronne, Isabelle Huppert incarne une discrète interprète franco-arabe pour la brigade des stups qui, endettée et ne pouvant plus aider sa mère, subtilise une grosse cargaison de drogue. Devenue trafiquante, elle entame une double vie…

Madame Figaro. – La daronne a de multiples visages. C’est cette complexité qui vous intéressait ?
Isabelle Huppert. –
Tout était excitant à jouer dans ce personnage. Ce film, c’est l’histoire d’un destin : quand l’inattendu se présente, Patience saisit sa chance au vol. Mais elle est aussi altruiste. Il y a certes l’appât du gain, mais ça ne l’empêche pas de penser aux autres : sa mère ou l’infirmière qu’elle ne veut pas laisser sur le bord du chemin. Une fois sa mission accomplie, elle repart, tel le cavalier chevauchant sa monture au soleil couchant. C’est son côté lonesome cow-girl.

Est-ce jubilatoire de jouer le mensonge ?
Le cinéma est l’art du mensonge. Un mensonge qui dit la vérité, bien sûr. C’est Cocteau qui nous le dit. Il y a mille manières de mentir : plus ou moins cynique, drôle, grave ou complice, comme c’est le cas ici.

Le terme «daronne» évoque une image qui ne colle a priori pas au personnage…
Dans l’imaginaire collectif, une daronne, c’est une matrone, une femme qui en impose. Or, Patience n’a pas tout à fait le physique de l’emploi. C’est toujours amusant de revêtir un costume qui ne vous correspond pas au premier abord. C’est là la force du cinéma : faire croire à l’invraisemblable…

En vidéo, la bande-annonce de “La Daronne”

Comment justement imaginiez-vous Patience à la lecture du livre ?
Je n’avais pas d’image figée en tête mais je voyais la possibilité de se projeter. Il y avait une matière, un sujet, une trajectoire. Patience n’est pas qu’un personnage de comédie. Il y a aussi de l’émotion dans la relation avec sa mère et une forte notion de solidarité avec ces femmes arabes et chinoises qui l’aident dans son entreprise. Hannelore Cayre a créé une héroïne très riche, dont elle parle si bien que j’ai immédiatement eu envie d’acheter son roman le jour où je l’ai entendue sur France Culture. Le hasard a ensuite bien fait les choses : Jean-Paul Salomé, avec qui j’avais failli travailler par le passé, avait acheté les droits et m’a proposé de m’embarquer avec lui dans cette aventure.

Isabelle Huppert : “J’ai confiance en la puissance du cinéma”.

Comment avez-vous construit ce personnage ?
Les personnages se fabriquent à l’intuition, puis au jour le jour. J’ai confiance en la puissance du cinéma. Il y a quelque chose qui ne s’anticipe pas et qui advient. Cela rend les choses à la fois faciles et précaires : l’instant peut être aussi fragile que la flamme d’une bougie. Il faut savoir saisir le moment.

Avez-vous besoin que le réalisateur vous laisse les coudées franches ?
Jean-Paul Salomé m’a laissé toute la liberté possible, mais en vérité je n’ai besoin de rien, sauf d’aller dans le sens du film. De toute façon, quoi qu’il arrive, je m’adapte. Toute suggestion subtile n’est jamais vécue comme un fardeau ou une entrave.

La Daronne, de Jean-Paul Salomé, avec Isabelle Huppert, Hippolyte Girardot, Farida Ouchani…

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