INTERVIEW – Estelle Denis : "Aujourd'hui, les femmes sont en position de force"

À l’occasion de son arrivée sur RMC pour le lancement de sa nouvelle émission, Estelle Midi, on ne va pas se mentir lundi 23 août 2021, Estelle Denis a accordé une interview à Femme Actuelle.

  • Estelle Denis

“Je stresse toujours !” Quelques jours avant son arrivée sur RMC, Estelle Denis, qui nous avouait piaffer d’impatience, a accepté de se confier lors d’une interview accordée à Femme Actuelle à l’occasion de cette “nouvelle aventure”. Dès le lundi 23 août 2021, la journaliste de 44 ans anime Estelle Midi, on ne va pas se mentir. Une émission qui porte son nom et qu’elle décrit comme “une émission de bande.” L’objectif ? “Débattre des sujets qui font partie de notre quotidien et dont on parle tous les jours au bureau, en famille.” En attendant la première, l’animatrice se livre sur ce nouveau projet, son vécu de la crise sanitaire, l’approche de la Présidentielle 2022 ou encore l’après #MeToo dans les rédactions… et glisse aussi quelques confidences sur sa vie personnelle.

Vous prenez la case du 12h-15h de RMC avec votre émission, “Estelle Midi, on ne va pas se mentir.” Quel sera l’esprit de ce programme ?
E.D.:
C’est une émission de bande, de trois heures, plutôt sociétale. Avec la bande, mais aussi avec les auditeurs, on va débattre des sujets qui font partie de notre quotidien, dont on parle tous les jours à la machine à café, au bureau, en famille… Des auditeurs vont intervenir dans l’émission pour confronter leurs opinions à celles des chroniqueurs, pour raconter leurs propres expériences. Il y aura aussi des chroniques, un zapping, un jeu… J’ai envie d’une émission très rythmée, très large, dans laquelle on ne s’ennuie pas et où l’on apprend.

Avez-vous hésité avant de vous lancer dans cette aventure ?
E.D.:
C’est Karim Nedjari [directeur général de RMC, ndlr.] qui m’a proposé ce projet. Je le connais depuis 20 ans. Il savait que j’avais très envie de faire de la radio. J’adore le sport, mais j’en ai fait quatre ans non-stop à L’Équipe ! On a fait l’Euro, la Coupe du Monde… Le sport, c’est aussi des échéances et là, j’en avais fait deux, donc c’était le bon moment pour tenter quelque chose. J’avais envie d’élargir mon horizon, cette proposition tombait à pic.

Appréhendez-vous l’année présidentielle ?
E.D.:
Je n’appréhende rien, car je ne sais pas du tout ce qu’il va se passer. C’est vrai que quand on regarde l’actualité en ce moment, on ne se dit pas ‘chouette’, mais il peut aussi y avoir de bonnes surprises. C’est hyper excitant, on sait que l’actualité sera riche. Il y a aussi le Covid-19 : on ne sait pas s’il va y avoir une nouvelle vague. D’ailleurs, je ne sais même plus si on en est à la quatrième ou la cinquième ! Même socialement, c’est flou. Avant le Covid, il y avait les Gilets jaunes. Et là, que va-t-il se passer cette année ?

Diriez-vous que vous êtes engagée ?
E.D.:
Je ne me sens pas du tout engagée ! Ce que je vote, cela ne regarde que moi. C’est sûr que c’est plus pratique de dire ‘je vote blanc’, comme ça, on n’est pas emmerdé… C’est un peu comme quand vous êtes supporter de foot : c’est mieux de dire que vous supportez Guingamp plutôt que le PSG ou l’OM. Au moins, personne ne vous dit rien !

“Le deuxième confinement a été vraiment dur”

Sport, politique, divertissement… Votre carrière est variée !
E.D.:
Je n’aime pas que l’on me mette dans une case. J’aime bouger, j’ai envie d’avoir des projets. J’ai pu vivre des expériences très fortes dans des domaines variés. C’est aussi le bonheur d’être journaliste, on peut tout faire ! Michel Denisot a commencé comme journaliste sportif, pareil pour Michel Drucker… Le sport mène à tout. Ma passion première, c’est le sport, mais je suis aussi une dingue d’actualité. Mon premier réflexe, quand je me lève le matin, c’est d’écouter la radio et de regarder mon fil sur Twitter pour voir s’il s’est passé quelque chose pendant la nuit. Je suis droguée à l’actualité.

Comment avez-vous vécu la période liée à la crise sanitaire, que nous vivons encore actuellement ?

E.D.: Ça dépend ! Pendant le premier confinement, j’étais en Bretagne, donc je l’ai très bien vécu. J’avais l’impression d’avoir la Bretagne pour moi. Il y avait la nature, la mer… On était dans une maison plutôt grande. Le deuxième confinement était plus dur : je terminais à 20 heures, et avec le couvre-feu à 19 heures, j’avais l’impression de passer ma vie à faire boulot, bouffe, dodo ! Et puis, le fait que tout soit fermé, de ne rien pouvoir faire parce que je travaillais, de devoir jongler pour les courses… Le deuxième a été vraiment dur. J’avais l’impression de dépérir comme une plante à qui il manquerait du soleil ou de l’eau. Le troisième, je ne m’en souviens pas (rires) ! Cet été, j’étais contente de revivre. Pouvoir aller en terrasse, lire le journal, boire mon café, faire du sport… C’était cool.

Vous dites que vous êtes hypocondriaque, assez drôle pour une fille de médecins…

E.D.: Je crois que c’est lié ! Étrangement, le Covid ne m’a pas du tout angoissée. Enfin… Au début, si. J’étais sortie au restaurant la veille du confinement, j’avais peur de l’avoir attrapée. Donc, pendant les 15 premiers jours, je faisais hyper gaffe, je désinfectais toutes mes semelles, les fruits… N’importe quoi ! Puis, je me suis dit que si l’on respectait toutes les mesures barrières, il ne pouvait rien arriver. Et on ne sortait pas ! On était au grand air, la Bretagne était peu touchée… On était un peu coupés du monde. J’avais surtout de la crainte pour mes proches, pas vraiment pour moi. Par ailleurs, je fais confiance aux vaccins. Je suis vaccinée et depuis, je me sens mieux. J’ai l’impression d’être plus à l’abri.

“J’ai toujours détesté que l’on mette le fait d’être une femme en avant”

Qu’avez-vous pensé du documentaire de Marie Portolano pour Canal+ [Je ne suis pas une salope, je suis journaliste] sur le sexisme et la place des femmes dans l’univers du journalisme sportif, dans lequel vous apparaissez ?

E.D.: J’ai beaucoup hésité avant de le faire, mais Marie a été très persuasive. Je lui ai dit : ‘Moi, franchement, je n’ai pas souffert de cela.’ J’ai toujours détesté que l’on mette le fait d’être une femme en avant. J’ai toujours dit que moi, j’étais journaliste et basta. Que je sois une femme ou un homme, je m’en fous. Ça ne m’intéresse pas de savoir s’il y a beaucoup de femmes ou pas à l’antenne, je ne fais pas la différence. Je ne me suis jamais posé la question de ma légitimité. Je n’ai pas de soucis avec les vannes, je n’ai jamais entendu de propos sexistes à mon égard, ou alors on l’a fait derrière mon dos. Donc je me disais que j’allais avoir un point de vue très détonnant, et cela me gênait. Après coup, cela m’a vraiment touchée de voir la souffrance de certaines consœurs. J’ai réalisé que j’avais eu de la chance d’avoir travaillé avec des gens bienveillants et de ne pas avoir eu ce genre de problème. Et je n’ai jamais eu autant de témoignages après un documentaire ! Le lendemain, les gens m’arrêtaient dans la rue, me disaient ‘merci’… Je pense qu’après la diffusion, beaucoup se sont demandés si eux aussi ne dépassaient pas les bornes. Je suis persuadée qu’il y en a plein qui ne s’en rendaient même pas compte ! Les comportements vont évoluer. Je suis très fière d’avoir contribué un peu à cela.

Avez-vous déjà été témoin de situations évoquées dans le documentaire ?

E.D.: Je n’ai pas eu l’impression, sur le moment, d’avoir été témoin de cela. Mais en faisant les interviews, a posteriori, je me disais ‘Ah, c’est vrai qu’il y a ça…’ On se rend compte de plein de choses. Il y a notamment eu cette fameuse séance photo où tout le monde avait dû se mettre en robe. Moi, j’avais refusé, j’étais la seule à être en pantalon. Inconsciemment, j’y ai fait attention, mais c’est quand même dingue que l’on nous propose ça ! Aujourd’hui, on ne nous le proposerait plus et on ne réagirait plus de la même manière. C’est aussi une affaire d’époque… Et c’est aussi aux femmes de se bouger. À L’Équipe, sur 100 candidatures de stage, il y avait 99 candidatures de mecs ! Personne n’empêche les filles de postuler. Il faut dire aux plus jeunes : ‘Toi aussi, tu as le droit d’être journaliste sportive. Toi aussi, tu as le droit de faire la même chose que les garçons.’ Comme dans le sport, il faut mettre en valeur celles qui gagnent. Quand on sera de plus en plus nombreuses, ce sera banal. C’est ça, mon souhait.

Vous pensez que les femmes s’autocensurent ?

E.D.: Non, mais c’est peut-être un problème d’éducation. Peut-être que les garçons vont plus oser parce qu’on les a éduqués comme cela. Quand j’étais petite, je n’avais pas la télévision, donc je n’avais pas de modèle. Je voulais juste être journaliste sportive. Et jamais je ne me suis dit qu’être une femme allait être un désavantage. Aujourd’hui, je pense que les femmes sont plutôt en position de force. À la sortie d’école, à compétence égale entre une femme et un homme, dans une rédaction sportive de télévision, on va prendre une fille. Parce que, justement, les rédactions ont envie de plus se féminiser. Des femmes, il va y en avoir de plus en plus. Mais il faut qu’elles osent !

“Quand je ne travaille pas, je m’occupe beaucoup de mes enfants”

Votre famille vous regarde-t-elle à la télévision ou vous écoute-t-elle à la radio ?

E.D.: Ah non, pas du tout ! Ils n’en ont rien à faire et moi, je m’en fous complètement. Je sais que mon fils regardait parfois l’émission sur L’Équipe, mais il regardait davantage pour Pierre-Antoine Damecour que pour moi… Ma mère écoutera peut-être ma première sur RMC… peut-être ! Pour L’Équipe, elle m’envoyait parfois des messages après mes passages, mais juste pour me parler de mon maquillage, de ma coiffure ou de mes vêtements. Le fond, je pense qu’elle s’en fichait complètement. En même temps, le foot, elle n’en avait rien à faire… Elle est déjà bien gentille de me regarder cinq minutes donc je ne vais pas lui demander son avis sur notre débat Neymar (rires).

Que faites-vous quand vous ne travaillez pas ?

E.D.: Je fais du sport, je m’occupe beaucoup de mes enfants [Victoire, née en 2004 et Merlin, né en 2007, de sa relation avec l’entraîneur et consultant Raymond Domenech, ndlr.]… Je vois mes potes, je bouquine, je regarde des séries… La dernière, c’était The White Lotus ! Un petit bijou, disponible sur MyCanal. Côté livre, le dernier qui m’a marquée, c’est L’Anomalie, prix Goncourt.

Avez-vous pu profiter de vos vacances ?

E.D.: Oui ! En stressant, évidemment, parce qu’avec cette rentrée, j’ai beaucoup cogité. Je suis une grosse angoissée, donc j’y ai beaucoup pensé. Mais j’ai pu faire plein de sport. L’année dernière, on pouvait à peine jouer au tennis donc là, j’étais très contente de pouvoir refaire des tournois.

🕛 #EstelleMidi – On ne va pas se mentir, votre nouveau rendez-vous par @DenisEstelle, arrive lundi sur RMC & en simultané sur @RMCStory.

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