1 heure avec… Kim Cattrall : "Je ne suis pas douée pour l'amour"

À 64 ans, celle qui incarnait la délurée Samantha Jones dans Sex and the City n’a pas perdu son appétit pour la vie. Pour Public, elle revient sur ce rôle mythique et sur les épreuves qu’elle a traversées.

Public : Comment allez-vous ?

Kim Cattrall : Je suis en pleine forme, merci ! Je suis au Canada, dans la propriété que j’ai achetée il y a six ans pour me rapprocher de ma mère, qui est en maison de retraite. J’y ai vécu cette pandémie qui m’a enlevé un ami new-yorkais très cher et cela m’a bouleversée. Il avait le même âge que moi, c’était un homme adorable, charmant. Heureusement, je suis bien entourée.

Filthy Rich se traduit en français par “une richesse indécente” : il paraît que vous pesez près de 80 millions de dollars, est-ce vrai ?

Mon comptable doit me cacher beaucoup de trucs alors… (Rires) Non, je suis loin de posséder cette fortune. Avec mon argent, j’épargne et je réalise des placements. Ma famille était très pauvre : je suis une immigrante canadienne qui a vraiment galéré aux États-Unis. Je fais donc attention à ce que je dépense.

Vous donnez l’impression de vous être “réinventée” professionnellement…

Dans les années 80, j’ai joué à fond la carte de la blonde chaudasse. On m’a hyper sexualisée et il m’a fallu des années pour décoller cette étiquette. J’ai choisi la facilité, au début, car je ne voulais pas sortir de ma zone de confort. Aujourd’hui, je prends des risques.

Comment s’est déroulée votre arrivée à Hollywood ?

Les premières années ont été très difficiles. J’avais des formes car j’ai toujours aimé la bonne chair. Du coup, lors des auditions, les directeurs de casting se foutaient de ma prestation. Que je perde du poids, que je me laisse pousser les cheveux et que je porte des robes plus sexy étaient tout ce qui les obnubilait.

“J’ai été témoin de comportements immondes !”

Et vous êtes-vous pliée à leurs exigences ?

C’était ça ou je crevais de faim ! Mon agent m’a emmenée acheter des talons hauts et des jupes serrées. Je marchais comme un canard qui sort de son étang !

Vous avez vu ou connu des abus ?

Je fais partie d’une génération d’actrices qui ont été témoins de comportements immondes. Un metteur en scène m’a dit un jour que “si j’avais répondu favorablement à certaines avances, les choses se seraient déroulées différemment”, indiquant que le patron d’une chaîne “bandait vraiment pour moi” !

Vous avez déclaré que votre métier avait tué votre désir de maternité…

Oui, et mes mariages successifs… Je ne suis pas douée pour l’amour. Et ce métier m’a également vampirisée au point de ne jamais avoir eu le temps de concevoir un enfant. J’ai toujours manqué de confiance en moi personnellement alors que, professionnellement, je ne me suis jamais posée la question ! Quant à mes maris, ils n’ont pas compris que mon besoin de travailler et de m’exprimer était aussi important que le leur. J’ai refusé de faire des compromis…

Vous rejetez votre étiquette de “bombe sexuelle”. Pourtant, c’est tout ce qu’est Samantha Jones, votre personnage dans Sex and the City…

Initialement, l’image de ces femmes essayant de mettre le grappin sur un homme m’a semblé si déprimante et si pathétique… Et je ne voulais pas aller dans cette direction, d’autant que j’avais une quarantaine d’années ! Mais Darren Star, le scénariste et producteur, m’a convaincue.

Pour des millions de spectateurs, vous êtes une “sexperte”. J’imagine que vous avez des anecdotes à nous raconter sur le sujet…

Pour beaucoup, je suis celle qui maîtrise toutes les positions sexuelles de l’univers. Mais je ne suis pas sexologue. Oui, j’ai vécu et oui, je suis très à l’aise avec ma sexualité, mais je ne sais pas tout. Et si, grâce à la série, j’ai pu faire évoluer les mâles afin qu’ils soient moins dans le registre du dominant, alors j’en suis fière.

Est-il vrai que feu votre papa n’était pas très fan de la série ?

Je crois que, au regard de ma formation classique, mon père aurait préféré me voir dans un registre plus conventionnel. Au lieu de ça, j’ai incarné un personnage outrageusement dévergondé ! Mais je suis sûre qu’il a toujours été fier de moi. Papa nous a quittés depuis des années déjà, il souffrait de la maladie d’Alzheimer. Aujourd’hui, je me consacre à ma mère. Il ne lui reste plus beaucoup de temps à vivre alors, du coup, j’essaie de profiter au maximum de sa présence.

Quel est le nouveau challenge de votre vie ?

Vieillir sereinement et sans culpabiliser. Nos sociétés, la pub, la télé… n’ont de cesse de nous pousser à combattre les stigmates du temps à grand renfort de crèmes, d’injections ou de pilules. Moi, j’ai décidé de ne pas travailler la façade mais l’intérieur. Vieillir n’est pas une maladie qu’il faudrait soigner !

“J’aurais dû mourir dans un attentat en 1988”

Vous semblez très heureuse de vivre ?

Oui et savez-vous pourquoi ? Parce que je n’oublie jamais que, le 21 décembre 1988, un Boeing 747 assurant le vol Pan Am 103 a explosé au-dessus du village de Lockerbie, en Écosse. Je devais prendre cet avion mais j’ai annulé à la dernière minute car j’avais oublié d’acheter une théière chez Harrods pour ma mère ! Je n’oublie également jamais que Chris, mon petit frère, s’est suicidé alors qu’il n’avait que 55 ans. Il me manque tant !

Dates clés :

1. 21 août 1956

Naissance à Liverpool, au Royaume-Uni, d’un père ingénieur qui travaille dans la construction et d’une mère secrétaire.

2. 4 septembre 1998

Elle épouse en troisièmes noces l’ingénieur du son Mark Levinson mais, à nouveau, cette union est un échec. Elle divorce quelques années plus tard.

3. 1998

Elle est choisie pour incarner Samantha dans la série Sex and the City. Elle tournera 94 épisodes jusqu’en 2004.

4. 2020

Filthy Rich : dans cette série pas encore distribuée en France, l’actrice revient dans le rôle de la boss d’une chaîne catho multi-cocufiée par feu son mari.

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Propos recueillis par Frank Rousseau, notre correspondant à Los Angeles

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