1 Heure avec… Denzel Washington : “J'ai du mal à embrasser une autre femme que la mienne"

Il fête ses quarante ans de carrière et vient d’être élu, à 65 ans, meilleur acteur du XXIe siècle par le New York Times. Pour Public, le comédien revient sur son incroyable parcours tant professionnel qu’intime. Rencontre avec un monument.

Public : Vous avez 65 ans et vous en paraissez dix de moins… Denzel Washington : Je vous libelle le chèque tout de suite ou on attend la fin de cette interview ? (Rires.)

Vous avez bien un secret ?

Je fais cinq kilomètres de footing par jour. J’ai installé un tapis roulant dans mon salon et je cours en regardant les infos. Sauf que maintenant, on diffuse plus de pub que d’infos. Du coup je ne vois que des hamburgers, des glaces et des chips. Et je ne cours plus sur le tapis roulant mais… vers le frigo. Je me bats pour rester sur le tapis. (Rires.)

Vous sentez-vous être un sex-symbol ?

Ça ne veut rien dire. C’est juste une étiquette collée par un magazine pour vendre plus de papier. Tout ça est éphémère. Une fois enterré, riche ou pauvre, noir ou blanc, célèbre ou pas, on finit bouffé par les vers.

Quels sont vos plaisirs alors ?

Les tartes aux pommes de Pauletta, ma femme. Personne ne résiste à ses petits plats ! Surtout sa spécialité, le poulet frit. Moi, ma spécialité, c’est le barbecue. Pauletta m’appelle le Roi des saucisses !

On raconte qu’elle ne supporte pas vos scènes de sexe.

Elle sait que je suis acteur et que je fais semblant. (Rires.) Surtout, elle sait que je suis très mal à l’aise quand j’embrasse une autre femme qu’elle.

Avec quarante ans de vie commune, votre couple est un modèle de longévité…

Aux États-Unis, nous sommes une minorité à rester ensemble après tant d’années. Nous avons connu des hauts et des bas, mais jamais nous nous sommes manqué de respect. Avant notre mariage, nous avons donné du temps au temps et respecté certains usages. À chaque fois que nous allions chez ses parents, nous faisions chambre à part. Aujourd’hui, nous nous parlons constamment et dès que quelque chose ne va pas, nous mettons nos divergences sur la table.

Des regrets ?

Je ne parlerai pas des professionnels parce que je respecte les réalisateurs qui m’ont fait travailler. Pour ce qui est des regrets personnels, je dirais que je n’ai pas été suffisamment présent pour mes enfants.

“Je trouve chaque jour des réponses dans la Bible”

Quel genre de père êtes-vous ?

Je n’ai jamais poussé mes enfants à choisir très tôt une direction dans la vie. Quand on a 17 ou 18 ans, on ne sait pas ce qu’on veut faire. Je trouve dingue que des parents puissent mettre la pression sur leurs gamins. Moi, j’ai trouvé ma voie à 20 ans, par hasard.

Le cinéma s’est imposé à vous ?

J’aimais bien me donner en spectacle dans la cour de récré, mais de là à en faire mon métier… non. J’étais pire qu’un cancre. La honte pour mes parents. Une responsable des services scolaires m’a beaucoup aidé. Sur un petit bout de papier, que j’ai gardé, elle avait écrit : “Un jour, tu t’adresseras à des millions de gens à travers le monde. Tu seras porteur d’un message. Tu vas faire de grandes choses dans la vie”. Elle voulait me donner confiance en moi.

Pensez-vous à la retraite ?

J’ai la chance d’exercer un métier qui ne me contraint pas à la prendre. Tant que mes fonctions cérébrales, intellectuelles et mon corps tiennent la route, je ne ressens pas de pression. Mais je sais que je ne pourrai pas toujours tourner dans des films d’action.

Avez-vous le sentiment d’avoir ouvert la voie aux acteurs noirs ?

Récemment, un pasteur évangéliste m’a déclaré : “Vous êtes un guide pour les frères noirs. Sans vous, un acteur comme Will Smith n’aurait jamais percé.” C’est faux. Ce serait prétentieux de penser ça. Aujourd’hui, quand je lis un scénario, je ne me dis pas : “Il faut impérativement que la question des Africains-Américains soit évoquée”. Je choisis un film pour la qualité de son scénario. Si en plus, la production est porteuse d’un message, alors tant mieux.

Avez-vous souffert du racisme ?

Bien sûr. J’ai grandi dans une petite ville de l’État de New York à forte majorité blanche. Nous, les Noirs, on se sentait perdus, on se déplaçait en groupe. Je ne me souviens d’aucun fait précis, juste d’un sentiment de malaise. Aujourd’hui, on me donne du monsieur Washington par-ci, du monsieur Washington par-là. J’ai droit à un traitement de faveur. Mais on ne sait jamais ce que les gens disent de vous une fois que vous avez le dos tourné. Je ne suis pas dupe.

Qui sont vos héros ?

Dieu en est un. Je trouve chaque jour dans la Bible des réponses à des questions ou des sujets de méditation. Pourquoi suis-je là ? Quel rôle ai-je à tenir sur cette Terre ? Pourquoi ai-je du succès ? Qu’est-ce que je suis censé en faire ?

“Je ne fêterai pas Noël avec Lenny Kravitz”

Quels sont vos plans pour Noël ?

Traditionnellement, nous partons aux Bahamas avec notre ami Lenny Kravitz. Cette année, à cause de la pandémie, nous allons rester sagement à la maison, en famille.

Quels cadeaux voulez-vous ?

Santé et guérison pour notre nation. Paix pour le monde. Retour à la prospérité. Amour et gentillesse pour ceux et celles qui n’en reçoivent pas assez. Une Amérique moins divisée aussi. Je sais, je sais, j’en demande beaucoup.

1. 28 décembre 1954, Naissance à Mount Vermont (État de New York), d’un père pasteur et d’une mère esthéticienne qui divorcent alors qu’il a 14 ans.

2. 1983 Il épouse l’actrice Pauletta Parson, qu’il a rencontrée sur le tournage du téléfilm Wilma. Ensemble, ils auront 4 enfants.

3. 1992 Le réalisateur Spike Lee offre au comédien l’un de ses premiers grands rôles dans le film Malcolm X dans lequel il incarne le leader noir musulman. 

4. 1983 Il épouse l’actrice Pauletta Parson, qu’il a rencontrée sur le tournage du téléfilm Wilma. Ensemble, ils auront 4 enfants.

5. Décembre 2020 Le New York Times met le comédien à la première place de son classement des meilleurs acteurs du XXIe siècle juste devant… Isabelle Huppert.

 

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Propos recueillis par Frank Rousseau, notre correspondant aux États-Unis.

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