Cheveux blancs, no make-up : vive le naturel !

En un an, le télétravail est passé du statut d’exception à celui de normalité. Ce printemps 2021, 1 français sur 3 travaille à la maison. Pour les femmes, soumises à des diktats physiques depuis de longues années, cette pause a été synonyme de libération et de prise de conscience.

Un an entre quatre murs. C’est un peu le résumé de cette année si particulière, écoulée depuis mars 2020. En quelques mois, le télétravail est devenu une norme, provoquant de nouveaux maux comme le mal de dos, tout comme une explosion de la charge mentale. Pendant le premier confinement, le télétravail a concerné plus de 5 millions de personnes (1). Notre vie pré-COVID, ultra-active, à courir après le temps en gérant les mille et un tracas du quotidien semble être réduite à l’état de souvenir. Certains jours, le trajet le plus long que nous empruntons se résume en quelques pas : de la chambre au salon, du salon à la cuisine. L’espace-temps semble s’être réduit, lui aussi.

Cette nouvelle manière de travailler, additionnée aux confinements successifs et au couvre-feu qui n’en finit pas, a finalement modifié la manière dont nous nous préparons chaque matin (ou pas). Les chiffres parlent d’eux-mêmes : avant le premier confinement, 42% des Françaises disaient se maquiller tous les jours. Après le premier confinement, seules 21% des Françaises continuent de se maquiller au quotidien (2).

Éviter le burn-out

L’allègement de notre temps de préparation est presque une « question de survie » pour certaines femmes en cette période anxiogène, selon Ariane Calvo, psychologue clinicienne et co-auteure du Petit guide de survie psychologique en temps de crise sanitaire (Editions Fisrt, 2021). « Elles excellent lorsqu’il s’agit de s’occuper et de veiller au bien-être de leurs proches, mais certaines femmes ne se posent jamais la question de ce qui leur fait du bien. » Avec ces nouvelles contraintes liées à la crise sanitaire, il a fallu « apprendre à récupérer des forces et arrêter d’être en sacrifice perpétuel. C’est pourquoi certaines ont dû prioriser ce qui leur était bénéfique et oublier le reste. Sinon, c’était le burn-out assuré. »

Ainsi, des étapes quasi automatiques de nos journées « d’avant » – le maquillage du matin, la retouche teint du milieu de la journée, la pose de vernis le matin avant de partir, le lissage des cheveux, etc – ont été reléguées au stade de l’optionnel. Un peu comme « lorsqu’on arrête de fumer et que l’on apprend à reconnaître et supprimer les cigarettes réflexes pour ne garder que celles que l’on fume par plaisir », poursuit la psychologue.

Libérer nos seins

Le make-up n’est pas la seule étape beauté concernée par nos changements d’habitudes. Le port du soutien-gorge, par exemple, est lui aussi remis en question. Une tendance nommée “no bra”, antérieure à la crise mais précipitée par la pandémie. Selon une enquête de l’Ifop (3) réalisée en avril 2020, 1 femme sur 5 âgée de 18 à 24 ans déclarait ne plus en porter depuis le premier confinement. La conséquence de deux éléments, analyse Ariane Calvo. « D’abord, cela a été extrêmement difficile d’être restreints dans nos libertés : on ne pouvait pas se rajouter des inconforts. La coupe était pleine. » À cela, la psychologue ajoute « un contexte, précédent la crise, de mouvance sociétale en fond d’empowerment, de reprise de pouvoir sur nos corps et de la volonté de sortir des diktats d’une beauté normée. ». Comprendre: la pandémie a accéléré cette mouvance féministe de ré-appropriation de nos corps féminins. Les longues périodes de confinements nous ont appris à vivre sans soutien-gorge, et voyant que tout se passait très bien sans, beaucoup ont préféré le laisser au fond du dressing lorsqu’il a été possible de sortir à nouveau.

Diminuer la charge mentale

Confinées et débarrassé.es du poids des regards extérieurs, de (très) nombreuses femmes (et hommes) ont ainsi modifié leurs routines et-ou la manière de s’apprêter. Cela signifie-t-il que certains gestes s’apparentaient à une charge mentale supplémentaire ? « Pas seulement, répond Arianne Calvo. Cela a aussi été une question d’opportunité, notamment lors du premier confinement qui a duré huit semaines. » Certaines femmes souhaitaient depuis longtemps essayer des choses nécessitant un certain temps de transition, comme par exemple ne plus faire de coloration pour laisser place à leurs cheveux blancs ou laisser vivre leurs boucles au moins l’espace de quelques semaines.

A l’inverse, d’autres ont dû se débrouiller sans pouvoir compter sur le recours à l’esthéticienne ou au coiffeur. « Sans la possibilité de déléguer certains gestes, il a fallu improviser et apprendre à diminuer la pression qu’on s’impose. » Comprenez s’épiler seule, se couper la frange, etc… Résultat : au fil des mois, notre regard s’est habitué à une image de nous plus naturelle, plus “vraie” et après un an de pandémie, il est évident que le rapport que nous entretenons avec notre corps n’est résolument plus le même. Déjà, en juin 2020, à la question : « Quel élément a joué un rôle déterminant, important dans votre choix de ne plus ou de moins vous maquiller ? », près de la moitié des femmes interrogées (3) répondaient justement vouloir apprécier leur visage sans artifice.

Oublier le poids des regards

Il existe une autre explication à ces transformations dans notre manière de nous percevoir et de nous apprêter : la nette diminution de nos interactions sociales lors de l’année écoulée. Distanciation oblige, couvre-feu, confinements, fermeture des restaurants, des bars, des cinémas, des théâtres, des musées… bref, nous passons bien moins de temps en compagnie d’autrui – hormis nos proches et notre cercle intime. Ainsi nous sommes beaucoup moins exposés et soumis au poids du regard extérieur. «Originellement, l’habit et le maquillage sont destinés à l’autre : une manière de se montrer sous notre meilleur jour », détaille Caline Majdalani, psychologue et auteure de Traiter la dysmorphophobie – L’obsession de l’apparence (Editions Dunod, 2017). Lorsque l’on passe la majorité de son temps chez soi, le retour au naturel est « évident ». Comprendre : sans personne pour nous voir, nous sommes moins enclins à nous préparer. Mais cela ne saurait durer. « Avec le temps, ces étapes de mise en beauté finissent par manquer, continue la psychologue. C’est le long terme qui est difficile à vivre et qui fait émerger des compensations. »

On se surprend à se mettre du rouge-à-lèvres sous notre masque, juste pour aller chercher le pain à la boulangerie du quartier, ou à se maquiller comme si l’on partait au bureau alors qu’on ne bouge pas de la maison. Plus encore, « nous nous devons de garder certains de ces gestes plaisir », alerte Ariane Calvo. « Revoir nos exigences à la baisse ? C’est normal, et certaines habitudes n’auraient pas sauté si elles n’avaient pas été si pesantes Mais il faut conserver, dans la limite de nos moyens de temps et d’énergie, certaines de ces routines qui nous font du bien. » Le véritable risque est de s’oublier complètement, ou pire (même si ça peut paraître paradoxal) de consacrer ces moments précieux que l’on s’accordait à s’occuper des autres. « N’oublions pas, prendre soin de soi, c’est aussi une façon de se faire du bien, de se dire des mots doux. » Une belle déclaration d’amour, dont, avouons-le, nous avons toutes bien besoin.

(1) Sondage Odoxa-Adviso Partners, avril 2020.

(2) Étude Ifop pour Slow cosmétique réalisée par questionnaire auto-administré en ligne du 9 au 12 juin 2020 auprès d’un échantillon de 3 018 personnes, représentatif de la population âgée de 18 ans et plus résidant en France métropolitaine, dont 1 603 femmes. »

(3) Étude Ifop pour 24matins.fr réalisée par questionnaire auto-administré en ligne du 3 au 4 avril 2020 auprès d’un échantillon de 1 016 personnes, représentatif de la population âgée de 18 ans et plus résidant en France métropolitaine.

Crédits photos : Photo Arno Bani, Réalisation visuelle Dominique Evêque

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